Les adieux à la reine de Benoît Jacquot (2012)

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La reine est ici incarnée par l’actrice allemande Diane Kruger, qui a tourné dans quelques grosses productions hollywoodiennes (dont Sans Identité récemment aux côtés de Liam Neeson, acteur dans Taken, mais surtout connu pour avoir joué Schindler dans le film de Spielberg La Liste de Schindler sorti en 1993). C’est une très bonne idée d’avoir fait appel à elle, car l’actrice a conservé son accent allemand et joue ici une reine de France d’origine Autrichienne, à la fois sensuelle et sur la fin désincarnée, paradoxe trouble qui est ici souligné par sa vie royale partagée entre sa vie de couple et ses allants romantiques auprès d’une femme qu’elle ne reverra jamais. A ses côtés, on retrouve, chez les personnages féminins principaux Noémie Lvovsky, auteur d’un remarqué premier film La Vie ne me fait pas peur en 1999, et récemment gérante et maquerelle au grand coeur d’un bordel réputé dans le superbe L’Apollonide de Bertrand Bonello (2011).

Julie Parmentier tient aussi le rôle de Honorine, un second rôle est campé par une jeune actrice incarnant Augustine, servante très investie aux grand yeux bleus écarquillés, tandis que Virginie Ledoyen traverse le film d’un air relativement impassible dans celui de Gabrielle, femme dont s’est énamourée Sa Majesté, et qui le temps de quelques scènes porte une robe vert olive du plus bel effet. On la découvre également dénudée dans son lit, dormant profondément après avoir ingurgité quelques gouttes d’opium, puis arborant une coiffure de femme de chambre avant la scène finale du film. Le film est essentiellement porté par la lumineuse Léa Seydoux (Belle épine en 2011 et même Mission Impossible 4 la même année, où elle incarnait une femme à gages française propulsée dans le vide d’une tour de Dubai). La jeune actrice est ici remarquable, serrant il est vrai parfois les lèvres, mais saisissant aussi au vol ce trouble de la jeunesse et cette fascination pour une reine qu’elle admire profondément tout en devinant au fil de la narration que les sentiments qu’elle éprouve pour elle ne sont finalement qu’univoques et que la réciprocité n’existe pas. Là réside d’ailleurs une des thématiques centrales du film : l’attirance pour quelque chose d’inaccessible.

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L’innocence et l’insouciance incarnées par la jeune Sidonie

Justement, puisqu’il est question de sentiments, Les adieux à la reine n’en est pas dépourvu. D’abord parce qu’il filme cette cour de Versailles qui s’écroule sur elle-même après que la Bastille s’effondre une nuit de juillet 1789.  Ensuite parce que l’on assiste presque à la façon d’un documentaire, même si la fiction est ici un peu revisitée dans les faits historiques, à la chute d’un roi, ici Louis XVI, pour qui le pouvoir, était selon ses propres mots « Une malédiction dont on hérite à la naissance, et que je n’ai jamais cherché à conquérir ». Bref un roi qui se meure et une reine qui se lamente sur un amour perdu, amour fugace, amour désespéré au final, mais qui laisse ici libre cours à une littérature soignée, et à un visuel qui l’est tout autant. Coiffures, maquillages, toilettes, tout est d’un goût très assuré avec ces visages fardés dont il ne manque même pas la mouche, très en vogue à l’époque. Les lumières de la cour si elles finissent par vaciller et s’éteindre laissent d’abord briller leurs derniers éclats. Ceux d’un royaume qui s’apprête à connaître un bouleversement majeur, la fin de la monarchie française et l’arrivée prochaine d’un certain Napoléon, même s’il faudra passer auparavant par une période de transition. Pour rendre palpable ce sentiment d’urgence, de déréliction d’un univers qui s’écroule sur lui-même, Benoît Jacquot a opté pour une mise en scène en alerte. 

Gabrielle, confidente et femme désirée par Sa Majesté Marie-Antoinette

Ainsi, hormis les séquences de lecture entre la reine et Sidonie, la majorité du film se déroule en extérieur (rarement) et en intérieur, où la caméra est placée derrière le personnage principal féminin et la suit dans ses déambulations, dans le dédale de couloirs, de pièces et de chambres voués à disparaître. Ainsi la caméra portée (le fim ayant été tourné en HD, ce qui lui donne un aspect assez lisse, en tout cas « dégrainé », visible sur les plans larges lorsque la caméra effectue des panoramiques en extérieur, moins lorsqu’il s’agit de gros plans) est ici pleinement justifiée (à l’inverse d’autres films, y compris du cinéma d’action qui pensent que bouger nerveusement la caméra, sans chorégraphie de l’action, suffit à la rendre nerveuse) et la confusion des personnages se ressent visuellement, tant Sidonie qui marche à droite et à gauche essaie de se raccrocher à quelque chose qui lui échappe sans cesse (amour, espoir, famille).

Ce personnage central est ainsi filmé durant ses séquences de déambulations dans un style empruntant un peu au western « Leonien » des années 70 et du cinéma italien de ces années là en général, sans que cela soit péjoratif bien au contraire, même s’il faut un petit temps pour s’y adapter : décadrage ou zoom intempestif sur le visage, filmé ainsi en plan macro avant de revenir en zoom arrière à un plan américain ou large, petits travellings très discrets, et mouvements brusques de caméra pour recadrer au centre. L’effet est assez saisissant et réussi : on nage dans une forme de chaos, où les gens se croisent, se disputent, s’invectivent aussi tandis que la révolution elle est en marche. Ce n’est pas la première fois que Marie-Antoinette est décrite dans son univers de faste en pleine déréliction. Elle avait cependant été croquée de manière beaucoup plus pop, entourée de gâteaux pastels chez Sofia Coppola avec Kristen Dunst en 2006

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Lors d’une scène plastiquement superbe, la caméra suit les personnages se réunissant à la cour et attendant l’arrivée du roi en compagnie de ses ministres. La steadycam nous les montre marchant d’un pas soutenu avant que celle-ci ne s’élève au dessus de la masse pour représenter le roi et son frère en génuflexion le suppliant de partir. Quelques secondes après, le visage de la reine apparaît à l’extrémité droite de l’image avant d’être rejoint en plan américain par Gabrielle, la femme aimée, la femme désirée qui s’approche alors de la reine et l’étreint. Le film est alors résumé en une image : celle de retrouvailles vouées à ne durer que quelques minutes. C’est alors que l’on comprend le sens de l’affiche du film qui pouvait laisser penser qu’il s’agissait en réalité de Léa Seydoux touchant du bout de ses lèvres la reine alors qu’il n’en est rien. Le film nous renvoie alors à l’illusion générée par les toutes premières minutes du film durant lesquelles la reine qui regarde avec tendresse Sidonie lui demande de lire du Marivaux (un classique de la littérature française qui est ici cité au même titre que Rousseau, Bossuet ou Madame de Lafayette).

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La complicité entre les deux personnes de même sexe laissait penser à une histoire d’amour secrète, à un amour désiré aussi qui ne se consommait pas physiquement mais qui laissait deviner que cela était possible. Or il n’en est rien, car en définitive, lorsque Sidonie ramasse la perle perdue au sol, ou qu’elle revêt pour la première fois en larmes la robe verte que portait Gabrielle, elle sait qu’elle n’est pas l’objet des désirs de la reine et que ses adieux n’en seront que plus amers, d’autant qu’elle retournera à une forme d’anonymat après avoir servi celle qu’elle aimait, on l’imagine puis on le croit, sincèrement, follement. Autrement dit Sidonie aime une femme qui ne l’aime pas en retour et qui le lui fait comprendre. Il n’en reste pas moins que Les Adieux à la reine est un beau film sur le désir, non pas refoulé, mais parfois difficile, d’une femme envers une autre, et un joli portrait au féminin des amours illusoires et/ou cachées.

Une image du tournage

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La Bande-Annonce du film :

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