The Band de Anna Brownfield (2009)

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Il arrive parfois après avoir regardé un film que l’on se dise « Ah ouais, quand même ! ». Sans savoir trop comment mettre des mots sur des sentiments mais en sachant qu’on ne vient pas de regarder un film qui nous a laissé indifférent. La dernière fois que cela m’était arrivé c’était avec l’extraordinaire (dans tous les sens du terme) The woman de Lucky Mckee. Cette fois, c’est avec une oeuvre venue de nulle part, ou plutôt, si d’Australie, avec The Band. Ce film dont j’avais ignoré l’existence durant des tas d’années (faute de promo), s’est révélé à moi par un concours de circonstance généré par la lecture d’un très bon article d’Ovidie. Ce billet avait fatalement attisé ma curiosité et après avoir mis du temps pour l’acheter (parfois en rupture de stock), j’ai enfin pu découvrir ce long-métrage.

keyart_theband4_159 dans CinémaQu’est-ce qu’il raconte ? L’histoire de deux groupes au début, dont on suit les pérégrinations musicales avec d’un côté les rockeurs de Gutter Filth, composé exclusivement d’hommes, et de l’autre côté, celle du groupe, exclusivement féminin cette fois-ci mené par la copine du leader de Gutter Filth. Le film semble aligner les clichés sur le rock et son univers : drogues, sexe et musique. Une histoire d’infidélité qui s’invite dans la narration d’un début de film qui ne semble pas aussi original qu’il le laisse entendre. Néanmoins, le film étonne d’entrée de jeu par sa mise en scène, articulée autour de mouvements de caméra saisis par une caméra portée qui va par exemple saisir des moments de live en contre-plongée sur le bassiste ou tourner autour d’une jambe avant de plonger sur d’autres parties du corps.

L’introduction est donc filmée dans une forme d’urgence, durant laquelle les protagonistes semblent se chercher : l’une est amoureuse d’un leader charismatique mais volage, tandis que la tour manager elle s’entiche de cette jeune femme qui connaît les aléas d’une carrière moins porteuse commercialement parlant que son compagnon, même si dans le fond ça reste du punk et que l’on ne remplit pas les stades. Ce qui m’a frappé c’est le ton du film, son attitude cool, ses personnages d’abord griffés avec une certaine forme de second degré et donc d’humour mais sans jugement. Le rocker de service a un côté faux rebelle avec sa barbe de trois jours et sa gueule d’ange accessible (qui se tape au passage toutes les groupies qu’il peut rencontrer). C’est surtout le contrepoids féminin qui donne tout son sel à ce prologue qui est assez sage au regard de ce qui va suivre.

Candy%2Band%2BJenniferCandy, l’héroïne féminine de The Band succombe finalement à la tentation avec sa manager Jennifer.

L’intro du film nous met directement dans le bain : c’est bien simple la toute première séquence est axée sur un acte de pénétration entre le rocker et la dite groupie sans qu’il n’y ait le moindre générique à l’écran, dans les loges alors même que les autres musiciens sont en train d’entamer les notes de leur première chanson. Ambiance (moite), ambiance. C’est donc en coulisses que le leader s’amuse avec sa groupie jusqu’à l’éjaculation sur les fesses de sa partenaire du moment. The Band n’est pas forcément un film pornographique, ou plus exactement, en tout cas c’est comme ça que je l’ai pris, il s’agit d’un film traditionnel, avec scénario, mise en scène et direction d’acteur dans lequel sont intégrées et parfaitement justifiées les scènes de sexe non simulé. Le film est d’ailleurs interdit aux moins de 18 ans et l’on comprend pourquoi. Par l’audace de ce ton, par la liberté de sa parole et de sa mise en scène (un côté documentaire, reportage pris sur le vif, un montage heurté, des moments de suspension), The Band m’a rappelé  le formidable Shortbus. Même s’il est encore plus explicite.

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On y retrouve un certain vocabulaire propre à la pornographie : fellation, sodomie, cunnilingus, pénétrations diverses. Mais il y a bien plus dans ce The band. D’abord une audace de traitement qui permet aux acteurs de se livrer complètement, à la fois physiquement et moralement. Ensuite une audace dans la façon d’aborder des sujets comme le travestissement, le fétichisme ou le sadomasochisme qui sont très rarement abordés dans la pornographie dite grand public, en tout cas non spécialisée. Et c’est une des forces principales de cette oeuvre : aborder ces thématiques sans s’enfermer dans un ghetto. Par ces audaces, The Band m’a parfois rappelé à The Opening of Misty Beethoven de Radley Metzger ou Story Of Joanna de Gerard Damiano, deux films tout ce qu’il y a plus hétéro, dans lesquels, à un moment une scène mettant en avant une pénétration masculine avec un gode-ceinture ou une scène de fellation entre hommes s’invitent dans une narration autrement plus classique et moins orientée gay. En regardant ces scènes dans The Band que je me suis dit mentalement « Yes! enfin ! ». J’ai jubilé tout simplement.

bdmzf5mft9lkkleawLa groupie du film (et du groupe de Jimmy Taranto)

TheBand-Cover-194414Jaquette allemande du DVD du film

Peut-être est-ce dû au fait que ce soit une femme qui écrit et réalise, mais on évite ici un point de vue uniquement masculin, et les personnages y compris masculins ont eux-même une part de féminité plus ou moins esquissée ou mise en avant. C’est le cas pour le batteur (TBM), amateur de travestissement et de petite culotte, qui renifle celle de la groupie en se masturbant sur celle qu’elle lui offre, ou encore du bassiste, fasciné par les fesses de ces dames, qui ira dans une des scènes de la fin du film s’envoyer en l’air en se faisant pénétré par un gode-ceinture, justement celui-là même que Casey Donovan recevait dans son intimité en 1976. The Band m’a donc happé par la force de sa mise en scène, par les petites touches aussi d’amusement, de décalage qu’il laisse s’installer, dont la séquence en accéléré avec la jeune femme blonde qui pratiquera une fellation endiablée sur ce même bassiste, se fera ensuite sodomiser avec un plaisir manifeste et selon SA volonté.

The Band est un film féministe, un film dans lequel les femmes prennent du plaisir entre elles, les hommes avec les femmes, féministe dans le sens noble du terme, ni à charge contre les hommes (même si Candy se fait berner par son mec, elle n’en vient pas non plus à une détestation primaire de l’homme) ni idéaliste; pro homo et pro hétéro, à la fois déviant et normé (ses codes pornographiques), sur lequel il semble qu’aucune attache particulière n’entrave la liberté de ton. Autrement dit bien loin des clichés d’Hollywood. J’ai regardé sur imdb, et apparemment il s’agit du seul film de l’ensemble du casting. Il s’agit donc d’un ovni, et d’une oeuvre fulgurante qui n’a pas donné de suite.

Il est à réservé à un public averti, par son contenu évidemment (ses séquences de sexe sont explicites), mais c’est aussi un film joyeux, drôle, excitant, plein de désir, de fantasmes, sentant à la fois le sperme et la cyprine, un amour certain pour la musique, et une belle proposition de cinéma à la fois transgressif et romantique.

PICT6508Anna Brownfield, la réalisatrice du film.

The Band est disponible en DVD chez BHQ vidéo. Format 1.85:1 16/9 respecté compatible 4/3 et version originale en stéréo avec possibilité de suivre le film avec ou sans sous-titres français. Le seul point noir : quasiment pas de bonus. J’aurais adoré un making-of, des interviews et des scènes coupées (ou commentaire audio).

 

 

 

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