Bradley Manning : cet (anti)héros américain

Bradley Manning : cet (anti)héros américain dans Actualités bradley-manning

L’histoire de Bradley Manning est digne d’un scénario de fiction. Et pourtant sa vie, aussi tumultueuse et chaotique soit-elle par moments est bien ancrée dans la réalité, dans notre réalité. Ce jeune homme de vingt cinq ans, soldat et donc militaire de carrière est l’antithèse de ce que nous pouvons parfois voir dans les films justement…américains. Des films, principalement issus des grands studios de production (Fox, Paramount ou Universal) qui glorifient une figure du soldat américain héroïque, s’en allant combattre l’ennemi désigné.  La donne n’a pas vraiment changé depuis 1984 et l’Aube Rouge, sur fond de tensions américanos-russes, mais pas uniquement.

L’ennemi vient aussi du ciel, ou de l’espace, comme dans Independance Day en 1996, film dans lequel on voit la Maison-Blanche détruite. Le visage de l’ennemi n’a plus jamais été le même depuis un certain 11 septembre 2001, date à laquelle les américains ont officiellement était attaqués sur leur sol après Pearl Harbor en 1941. L’histoire de Bradley Manning est fascinante à plus d’un titre. Ce natif de l’Okhlahoma (une région qui n’est pas étrangère aux catastrophes naturelles), s’est engagé dans l’armée alors qu’il aurait très bien pu choisir d’autres chemins et voies professionnelles. Avec son 1 Mètre 57 il a pourtant su trouver une place, la sienne, une place à la fois symbolique et porteuse de quelque chose d’assez fort : le droit à la différence.

675px-Flag_of_Oklahoma.svg dans Etats-UnisLe drapeau officiel de l’Etat de l’Oklahoma

Là où l’histoire de Bradley Manning devient extraordinaire dans tous les sens du terme, c’est par rapport à son procès et à sa condamnation à 35 ans de prison ferme (moins le temps déjà passé en cellule) pour avoir transmis des documents classés secret défense au site Wikileaks, fondé par Julian Asange en 2010 alors qu’il était basé en Irak et Afghanistan. En langage militaire on appelle cela une taupe. Et Bradley Manning est devenue une taupe mondialement connue. Ce n’est pas un fait commun et cela relève d’un défi personnel assumé : défi à l’autorité militaire et à ses codes, en allant divulguer des documents qui ne devaient jamais l’être, défi au monde aussi, et particulièrement au monde politique et à l’administration d’Obama, lequel s’est toujours défendu de respecter les droits de l’homme (s’engageant dans la reconnaissance des droits des homosexuels, tout en obtenant un prix Nobel de la paix alors que son pays est engagé militairement en Afghanistan).

Snowden

Edward Snowden

Le même Obama confronté ces derniers jours à l’affaire Snowden qui a des conséquences géopolitique fortes avec l’annulation d’un sommet américano-russe. Que Manning soit un traitre, un salaud ou que sais-je, ce n’est pas à moi d’en décider, et au regard du verdict, le tribunal américain l’a rendu pour les faits qui lui sont reprochés, sans que juridiquement cela semble contestable. C’est bien la personnalité de cet homme qui m’intéresse. Et cette façon rare dont il bouscule certains codes, notamment ceux de la représentation classique de l’homme dans l’histoire américaine, la représentation de l’homosexualité dans l’armée (ce dont il ne se cache pas),  en particulier dans certains corps d’élite. Tout en faisant réagir certaines personnalités du monde du spectacle, dont des acteurs d’Hollywood dans un spot réalisé par Oliver Stone lui-même, le réalisateur de Platoon en 1986, Né un 4 juillet en 1989, deux films portant sur des anti-héros américains justement.

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Le spot réalisé par Oliver Stone

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Bradley Manning devant le drapeau des Etats-Unis d’Amérique

Bradley Manning dont la jeunesse fut apparemment chaotique et douloureuse, mais je ne suis pas là pour l’analyser et encore moins la juger a vu son procès ultra médiatisé se tenir devant les caméras du monde entier. A la fin de son procès, le jeune homme a fait une déclaration étonnante : il souhaite désormais qu’on l’appelle Chelsea Manning, autrement dit qu’il soit considéré comme une femme. La question de l’identité sexuelle s’est affirmée et il se considère aujourd’hui comme une femme , non plus comme un homme. La transexualité s’invite donc dans une histoire militaire, diplomatique, et prend un tournant sociologique : comment l’Amérique qui glorifie ses héros va-t-elle accepter cet homme après ses révélations ? Et surtout, d’autres militaires vont-ils (elles) vouloir également affirmer leur identité sexuelle au point de faire tomber certaines barrières et tabous entretenus depuis trop longtemps ?

lana-wachowski-premiere-cloud-atlas-01Lara Wachowski, réalisatrice de Cloud Atlas (2013)

J’ai immédiatement pensé en lisant ces déclarations il y a quelques heures et en regardant ce visage qui n’a absolument pas l’air agressif ou tourmenté, à un autre cas de figure de prise de conscience. Celui du cinéaste Larry Wachowski, réalisateur avec son frère de la célèbre trilogie Matrix. C’est sous le nom de Lana, et après s’être fait opéré, que le réalisateur est apparu sous ses nouveaux traits féminins. Il venait de réaliser le film Cloud Atlas. Finalement, si la petite histoire (qui s’imbrique à la grande) venait à faire avancer les choses pour une population jusqu’ici isolée, à laquelle on ne pense quasiment jamais politiquement et sociologiquement (pas un mot sur eux lors des débats sur le Mariage pour tous, aucune reconnaissance civile aujourd’hui en France, vous pouvez lire ici l’intégralité du texte relatif à la question de la transidenté alors que l‘Australie accorde à ses habitants qui ne se s’identifient pas comme homme ou femme une reconnaissance juridique, ce qui est tout à fait inédit) ne serait-ce pas une avancée ?

Norrie

12 Réponses à “Bradley Manning : cet (anti)héros américain”


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