Saint Valentin et autres considérations

Saint Valentin et autres considérations dans Actualités 25187

Cela n’a échappé à personne (sauf peut-être aux habitant(e)s de Mars, et encore qui nous dit qu’ils ne nous observent pas de très loin, enfin sait-on jamais ?), c’est aujourd’hui la fête dite des amoureux, la fameuse Saint Valentin que l’on voit se profiler traditionnellement des semaines à l’avance, pour permettre aux commerçants de faire une partie de leur chiffre d’affaire du trimestre, ce qui en soi n’est pas une mauvaise chose, loin de là même, surtout pour une économie française bien en difficulté.

Les fleuristes, les bijoutiers, les vendeurs d’accessoires (de la lingerie féminine jusqu’aux sextoys -avec promo, on en profite- en passant par les fabricants de téléphonie mobile) ont trouvé un filon depuis un bail et en soi le fait de voir des gens s’aimer est à la fois heureux et terriblement frustrant pour les personnes célibataires, forcément écartées de ces « festivités » puisque étant par définition seules, alors que la Saint Valentin est par définition la fête du couple.

Ce sujet n’est donc pas une diatribe contre la Saint Valentin, ses effets économiques, ses symboles et son côté commercial clairement voire agressivement affiché. Les gens qui s’aiment c’est tout de même mieux que les gens qui se déchirent, se séparent, se cocufient, etc. Même si en définitive la Saint Valentin c’est (ce devrait être) tous les jours (a priori).

Là où la thématique devient intéressante (et aussi sujette aux débordements philosophiques et psychanalytiques -je n’ai jamais fait d’analyse mais certaines personnes me font peur quand je lis ce qu’elles écrivent et ne me donnent nullement confiance), quand on aborde ce qui est rarement abordé, puisque considéré par le plus grand nombre comme quelque chose de hors normes, donc de difficile à appréhender mais paradoxalement très facile à juger et à montrer du doigt. Ce « hors normes », c’est l’asexualité. Pas l’abstinence, l’asexualité. Au détour de la lecture d’un article sur Le Plus, en réponse à celui d’un psychanalyste de renom (que je ne connaissais pas), les vieux clichés sur la différence, et surtout sur le caractère anormal et par conséquent contre nature, voire malade de certaines relations m’ont effectivement sauté au visage.

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Défilé de personnes asexuées à San Francisco, manifestant pour le droit de s’aimer sans avoir de relations sexuelles. Source Le Plus/Janvier 2014.

L’article écrit sur Le Plus répond à celui du Docteur Ronald Virag (ce pourrait être une excellent jeu de mots sur viagra, un anagramme, mais en fait non, il manque des lettres). Remettre dans le contexte de son analyse du comportement sexuel d’une jeune femme (qui n’a ni l’air d’une psychotique, d’une dégénérée ou d’une malade perverse), une phrase extrêmement maladroite de la romancière Françoise Sagan, ou sur le tapis la psychanalyse de Freud (qui éprouvait de la répulsion envers les homosexuels) ne peut que faire dériver sa réflexion sur le terrain de l’anormalité et de la perversion… Comme trois décennies en arrière lorsque l’homosexualité était considérée comme une maladie/perversion avant qu’elle ne soit dépénalisée en 1981 (!), il y a donc seulement 33 ans de cela (l’âge du Christ).

Je confesse ne pas avoir lu des centaines d’ouvrages sur la question (il existe très peu d’études sur la question), avoir aimé celui d’Ovidie mais le fait est que je ne juge personne pour son orientation sexuelle (alors qu’à l’inverse nombreuses sont les personnes, personnalités comme anonymes qui sont descendues dans la rue, l’année dernière, comme cette année, il n’y a de cela pas plus de deux semaines, pour crier leur dégoût de la différence, de l’homoparentalité, de l’homosexualité. Il faut absolument rentrer dans une case.

Et ce, en visant bien évidemment les personnes de même sexe, en les pointant comme les « anormales », pour leur faire comprendre que quelque chose clochait chez elles, en particulier par rapport à leur sexualité, sinon elles ne seraient pas descendu, tout en prenant soin d’utiliser un langage soutenu pour essayer de faire passer la pilule).

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L’asexualité dérange, comme l’homosexualité, comme les sexualités hors-normes qui s’écartent du sempiternel duo amoureux hétéro (et pourrais-je préciser de tradition judéo-chrétienne traditionaliste tant cela a été remis sur le tapis, au goût du jour comme la norme supérieure à toutes les autres, de justice et d’héritage quasi divin). Ce qui m’a dérangé et choqué dans la tribune du psychanalyste, c’est qu’il mette au service de son argumentation, un discours sur la peur du sexe alors qu’il n’en est pas question. Comme si l’amour ne signifiait pas autre chose que devoir de pénétration. Comme si l’amour était indifférencié de la sexualité. Ou confondre asexualité et chasteté.

Marie A indique qu’elle pratique le sexe oral et qu’elle aime à sa façon son compagnon, il ne s’agit ici nullement de rejet viscéral de l’idée même du sexe et de la sexualité, elle n’est pas bigote, mais elle exprime une façon de concevoir sa vie amoureuse autrement que par les relations sexuelles lambda que l’on peut imaginer dans un couple hétérosexuel/homosexuel/bi.  Je n’ose imaginer ce qu’aurait pu prononcer le psychanalyste si Marie A était en couple avec une fille ou si un jeune homme avait parlé de son asexualité avec un autre homme.

En définitive, le visage de Marie A visible de tous, de la blogosphère (article paru sur Le Plus rattaché au Nouvel Observateur) comme du Monde (au sens large), photo à l’appui, est à mes yeux une prise de risque et un acte courageux. Elle aurait pu choisir l’anonymat total, à savoir celui d’être publiée sans photo. Le visuel change tout. On peut retrouver son identité, et jugée de cette façon à l’aune de son intimité qu’elle expose à des millions de gens fait entrer l’asexualité dans l’ère du web 2.0 mais aussi dans celui d’un jugement moral, sexuel et psychanalytique par une tierce-personne, étrangère à ses motivations profondes (qu’il explique par une forme de comportement déraisonné, limite à risque), alors qu’il n’en est rien.

Marie A va aussi fêter la Saint Valentin avec son compagnon, l’embrasser, sans doute pratiquer une nouvelle fois le sexe oral parce qu’elle le souhaite, qu’elle le partage, qu’elle le fait pour son plaisir à elle et à lui (et pas uniquement pour lui parce qu’il le demande ou l’exige). Cela dérange certainement certains. Mais c’est aussi cela l’amour : quelque chose de très complexe que l’on ne peut parfois pas résumer qu’avec des mots, qui échappe parfois aux analyses. Les sentiments existent et ils ne demandent jamais d’être jugés, juste à s’exprimer.

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