Archive pour la Catégorie 'Billets d’humeur'

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Les amours de Pierre et Marie-Charline

Les amours de Pierre et Marie-Charline dans Actualités 6545696-marie-charline-pacquot-dans-l-oeil-de-moscovici

Cela ferait un beau titre dans la catégorie bibliothèque rose, la collection de livres que l’on peut lire enfant et jusqu’au début de l’ adolescence. Sauf qu’il s’agit ici de la mise en avant, autrement dit de la promotion de sa propre vie privée, à savoir celle de Pierre Moscovici (actuel Ministre de l’Economie et des Finances) et de sa compagne, Marie-Charline Pacquot (diplômée de Sciences Po) et actuelle doctorante en philosophie.

C’est un article du Nouvel Obs, écrit par son propre Directeur de la rédaction qui a attiré mon attention il y a quelques jours, lequel était d’abord paru sur l’Express. Je n’ai jamais cru en la neutralité journalistique, quelle que soit la majorité en cours, et ces articles le démontrent plus que jamais : la connivence, le copinage, les intérêts se marieront toujours avec elle pour le meilleur et le pire.

Les amours de Pierre Moscovici et Marie-Charline Pacquot s’inscrivent donc en une de journaux dits d’informations, d’actualités comme l’auraient fait Gala et Entrevue,  ou une certaine presse à scandale. En lisant l’article du Nouvel Obs on se dit que les politiques sont clairement sur une autre planète, à l’heure où les usines ferment, où l’économie ne repart pas, où les plans sociaux se multiplient, dans un cadre social de plus en plus tendu, après les bévues présidentielles (dont l’hallucinante déclaration télévisuelle de François Hollande s’adressant à Léonarda), et un contexte marqué par l’arrivée d’une taxe sur les PEL (autrement dit sur les économies réalisées par les personnes qui souhaitent devenir propriétaires de leur logement, taxe inédite, mais justifiée par l’obsession de la « justice sociale »).

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Pierre Moscovici et Marie-Charline Pacquot comme dans un roman-photo de Nous Deux

Une mesure qui creuse encore un peu plus le fossé entre un monde politique habitué aux ors des palais de la République et un monde de petits épargnants qui fait tout son possible pour s’en sortir (et boucler ses fins de mois) tout en étant la cible privilégiée des taxes et nouveaux impôts en cascade. Je trouvais déjà cela difficile à avaler sous un gouvernement de droite, mais que cela soit le fruit d’une réflexion dite « socialiste »…

Dans la forme je me fiche de savoir que Pierre Moscovici roucoule avec une jeune femme de trente ans sa cadette (en France on caractérise souvent ce genre d’hommes par le qualificatif séducteur, l’inverse pour une femme l’étant en revanche en des termes moins bienveillants), qui a l’air d’avoir la tête bien remplie et qui fait chavirer son cœur. Qu’elle donne des interviews dans un café chic près de l’Odéon. Qu’elle passe ses journées dans les bouquins (il faut bien préparer sa thèse, ça prend du temps). Qu’il passe pour un homme énamouré qui n’a d’yeux que pour elle. C’est l’amour.

Mais qu’il se complaise dans les explications tarabiscotées comme récemment lors de son interview sur BFM en parlant de « privilège » au sujet de cette nouvelle taxation est non seulement une aberration économique (je ne vois guère comment relancer la croissance dans ce cas de figure qui va de pair avec l’inflation), mais aussi une injustice. Le fait d’être tiré à quatre épingles n’empêche pas de mener des politiques économiques asociales. Et de se répandre en justification de la reprise par les seuls indicateurs

 

Le RER n’est pas de tout repos

Le RER n'est pas de tout repos dans Billets d'humeur ratp-nation-28-01-2009.1233137058

J’avais évoqué sur ce blog les péripéties vécues lors de la journée de grève du 10 septembre dernier. Je prends le RER tous les jours, à des horaires qui fluctuent, ça ferait un vrai roman. Avec des évènements drôles ou tragiques.  Cela fait plus de quinze ans que c’est ainsi. Ce matin, j’ai donc pris le train sans arrière-pensée, c’est-à-dire sans me dire qu’il pourrait y avoir des pannes impromptues, des retards ou bien tout simplement des retards sur la ligne C. Pourtant, je remarque que de plus en plus de trains sont supprimés ou retardés. Cela ne date pas d’hier, mais la situation à mes yeux s’aggrave, et surtout elle suscite mon interrogation comme mon inquiétude.

Il y a quinze ans quand j’étais au lycée, il arrivait rarement qu’un train soit en retard et pourtant je prenais un omnibus. Les anecdotes sont nombreuses à propos de ces trajets adolescents qui me menaient de la maison au lycée, mais je me rappelle d’une matinée où un groupe de jeunes s’étaient amusés à fumer dans le train des résines de hashisch. L’odeur s’était infiltrée dans le wagon et on ne pouvait ignorer son origine.

Bref, ce matin je m’aperçois que le train de 7H52 (qui est depuis quelques semaines voire mois complètement bondé : lycéens, jeunes adultes, collégiens, mais aussi employés de toutes origines confondus) est déjà sur le quai à 7H46 et l’écran central indique la mention « retardé ». Le train est plein à craquer, comme un oeuf dont il manquerait peu de choses pour que sa coquille explose. Je décide donc d’éviter les minutes ‘sardine’ et m’en vais sur l’autre quai (en passant par le souterrain évidemment, d’autant que ce message nous est répété comme celui d’interdiction de fumer dans l’enceinte de la gare tous les matins), pour prendre un autre train lui aussi à quai mais beaucoup moins chargé. Dix minutes d’attente. Puis quinze. Il est bientôt 8h18 et il n’est toujours pas parti. Je me dis que je ne serai pas à l’heure au travail et prépare le SMS que je vais envoyer à une collègue. Je sens et je vois des visages fermés autour de moi.

Le temps file, mais les minutes sont longues. Je ne vois pas le temps passer en raison de cet immobilisme. Pourtant je ne suis pas dans le RER A. Premier message du conducteur « le train est momentanément retenu en quai pour cause d’alerte radio ». En fait, un défaut de signalisation empêche le train de partir. Regards toujours aussi vides, il faudrait un café au minimum pour en réveiller certains de la torpeur dans laquelle ils sont plongés. Il est 8h20, le train démarre. Je ne vois désormais pas comment je ne pourrais pas être en retard. Mais l’important c’est la lenteur extrême avec laquelle il avance. Deux adolescentes derrière moi trouvent les mots qui me font sourire, je les trouve charmantes en fait :  » On ne sera jamais à l’heure pour le cours de 9h – à Paris- je vais faire signer le mot avec le retard, je me demande si on devrait pas prendre le bus après, on pourrait peut-être gagner du temps ».

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Premier station du train omnibus. Arrêt sur le quai, cinq bonnes minutes. Message automatique, celui du retard annoncé. Une dame d’un certain âge s’assied en face de moi, et commence à rouspéter. Jusque là rien d’anormal. Il est 8h31. Le train repart, tandis qu’un voyageur s’exclame « Ah! enfin, c’est vraiment pas trop tôt ! ». Autre arrêt, autre temporisation. Alerte radio, annonce du conducteur « Nous sommes pour le moment momentanément arrêtés, et attendons des informations sur la reprise du trafic, je vous tiens informés ». « Évidemment que nous sommes arrêtés, comme si nous l’avions pas remarqué, pauvre abruti !  » lâche le monsieur visiblement passablement irrité. Je trouve cela très bien que l’annonce soit faite. Le wagon est complètement bondé, mais je n’entends pas de remarques désobligeantes ou carrément lapidaires à propos des conducteurs, de la SNCF, etc.

Après plus de quarante cinq minutes pour faire trois stations, j’arrive à Paris. Un peu moins de monde dans le métro, mais manque de bol, au moment de l’arrivée à Glacière, sur la ligne 6, le wagon est stoppé net. Le message me semble alors surréaliste « Mesdames, Messieurs, veuillez nous excuser pour la coupure inopinée du courant, mais un voyageur à la station Bir-Hakeim vient de monter sur le toit du wagon, nous sommes dans l’obligation de couper le courant ». Je n’en crois pas mes oreilles. Comment une personne peut-elle se mettre sur le toit d’un wagon de métro à 9H40 du matin, comme ça ? On est tout de même pas dans Peur sur la ville d’Henri Verneuil ?

Bref j’arrive au bureau un peu essoufflé, avec près de deux heures de transport aller, ce qui fatigue davantage nerveusement que physiquement.

En fait je me pose de plus en plus de questions quant au rapport de la politique avec le trafic ferroviaires (et des politiques aussi bien nationales que locales), quant à ce que représente aujourd’hui le transport, et en particulier le transport en commun. J’ai sincèrement l’impression qu’il est totalement délaissé au profit d’autres moyens de locomotion, même si la réalité du tissu économique de l’avion par exemple, montre que chez Air France la tendance (malheureusement) est plutôt au licenciement qu’à l’embauche. Le fret routier se voit aujourd’hui dans l’obligation de payer des taxes pour les autoroutes.

Quelle est donc cette idée (autre que celle de plaire aux financiers) de ce Grand Paris, alors que des dizaines de lignes du RER C, B, D, E et A sont aujourd’hui vétustes/bardées de problèmes de signalisation, ralentissant le trafic, le rendant moins fluide qu’il ne l’était il y a quinze ans ?

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C’est une question essentielle que le gouvernement semble esquiver j’ai l’impression, peu de moyens étant alloués (sauf les 670 millions du RER A, mais est-ce suffisant ?) au regard d’autres investissements au trafic ferroviaire qui pourtant est de plus en plus important (3 millions de voyageurs par jour en Ile-de-France). J’ai eu un début de réponse en lisant le blog d’un conducteur.

Il faut parfois se mettre à la place de quelqu’un, et ça vaut professionnellement parlant, pour essayer de comprendre l’envers du décor et éviter de jeter l’anathème, de se livrer à la vindicte et à la diabolisation d’un personnel de service qui tente de faire voyager des millions d’individus en évitant les problèmes. Sauf que l’investissement financier et les moyens mis en oeuvre notamment de maintenance ne suivent pas à l’ère du 4G, des smartphones et I-pad omniprésents, ce qui me semble un comble.

Chaque jour je vois des trains supprimés et les défauts de signalisation qui représentent une très large part des pannes s’expliquent par des éléments techniques qui mettent en avant de désinvestissement des politiques publiques.

Morlok l’explique très bien

Ces « problèmes de signalisation » arrivent beaucoup plus souvent ces dernières années qu’il y a une ou deux décennies.

Il y a eu depuis des changements de priorités à la RATP (tout comme à la SNCF…), où la priorité n’set plus d’assurer un service public de qualité, mais de faire du profit, d’être rentable.

Or, comme tout système électronique, la signalisation utilise différents composants, principalement des relais, ces bons vieux composants électromécaniques.

Ces relais sont conçus pour fonctionner un certain temps, puis, comme toute mécanique, il peut se gripper, d’où les « problèmes de signalisation ».

C’est exactement cela. Les priorités sont affichées, et le train n’en est plus forcément une aujourd’hui. Même si période préélectorale oblige, vous trouverez toujours des personnalités du monde politique qui prennent beaucoup plus le métro ou le RER que d’habitude.  J’aimerais juste que le réseau ferré ne soit pas laissé au seul jeu de la privatisation et de la libéralisation à outrance, auquel cas, nous n’aurons certainement pas fini entendre parler de pannes à répétitions et d’accidents qui risquent de devenir beaucoup plus graves. Je crois dans le service public, mais j’aimerais un sursaut parlementaire sur cette question (pas uniquement des commissions). Et éviter d’avoir à subir des comportements hostiles à l’égard des conducteurs que les problèmes de signalisation embêtent autant que nous.

 

 

 

 

L’Assemblée Nationale sexiste ?

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Un petit billet d’humeur sur la politique.

Nuit du Mardi 8 octobre au Mercredi 9 octobre 2013.

Lors d’une séance à l’Assemblée Nationale, alors qu’elle intervient au nom du groupe EELV (Europe Ecologie Les Verts), la députée Veronique Massonneau est interloquée par des bruits de caquètement. Un député UMP, Philippe Le Ray est en effet en train de caqueter et d’imiter les cris d’une poule.

Voilà donc à quoi peuvent se résumer des séances nocturnes dans l’enceinte censée représenter les élus du peuple et surtout sa voix : à moquer une députée en la prenant pour une poule, comme d’autres l’année dernière s’étaient mis à siffler la robe à fleurs de Cécile Duflot.

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Cécile Duflot en robe à fleurs, en 2012 à l’Assemblée Nationale

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L’assemblée Nationale peut ainsi se laisser aller à des pulsions machistes, et une considération de la femme politique que l’on résume à une poule ou à femme soi disant chaude parce qu’elle s’habille légèrement vêtue. C’est à cela que servent mes impôts : à payer grassement des députés (principalement masculins puisque ce sont eux qui sont majoritairement auteurs de réflexions/actes/paroles complètement déplacées), qui le soir ou la nuit venue, peut-être sous l’effet de l’alcool ou de quelques autres substances, en viennent à s’ennuyer sur les bancs de l’Assemblée, s’amusent entre eux et font des remarques ou se montrent auteurs de propos sexistes, en reniant ensuite la responsabilité de leur geste ou en s’excusant platement de leur comportement sur twitter, une fois que le mal est fait et que le tollé a été déclenché.

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La vidéo intégrale

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Les élus sont en représentation systématique, et telles des stars du petit et du grand écran, se mettent à leurs aises au sein de l’Assemblée, comme du Sénat. On se croirait revenir parfois quarante ans en arrière, et surtout cette espèce de mignardise dont fait preuve Claude Bartolone qui essaie de trouver des excuses, de faire de  la discipline comme à des collégiens montre un visage tout de même inquiétant : celui d’une cour de récré géante dans laquelle des députés, pourtant adultes se comporteraient comme de sales gosses (voire des délinquants).

Je n’ai pas de sympathie particulière ni pour Valérie Massonneau ni pour Cécile Duflot. Mais devant le pathétique et ce type de comportement, j’ai du mal à ne pas être solidaire. Avec d’un autre côté un traitement médiatique qui tente aussi de faire de la femme politique une femme glamour ou s’en revendiquant.

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On l’a vu il y a quelques mois, un certain député fantasmait même sur le stylo porté en bouche et sucé par Nadjat Vallaut-Belkacem, avec une nouvelle fois un traitement quasi parodique du dit scandaleux tweet par la mise en une de la déclaration, à croire qu’une forme de frustration sexuelle règne sur certains bancs. Vous savez les mêmes qui veulent pénaliser les clients des prostitué(e)s…

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Le traitement médiatique s’est emparé de l’histoire, avec même la création d’un hashtag sur twitter. On en parle dans la presse, sur le net évidemment, et on entend des politiques encartés UMP qui se défendent d’être dans une démocratie (sous-entendu on a le droit de dire ce que l’on veut), avec un Jacques Myard (farouche opposant au mariage pour tous, qui n’en est pas à sa première déclaration lapidaire) y allant même de son refrain « Vive les machos ! ».

C’est justement ce type de politique dont il est passionnant de décortiquer et d’analyser le langage, l’attitude. Notamment parce qu’ils se font souvent une spécialité d’amalgamer tout et n’importe quoi (l’homosexualité et la zoophilie ou l’inceste, parfois les deux, la structure naturelle de la société face à celle qui conduit à la perversion et à la destruction du modèle de civilisation, les couples de même sexe illégitimes, bref un discours de droite ultra, proche de celui de Christine Boutin)

Intéressant également le traitement journalistique fait par les médias étrangers. La politique française est y vue parfois avec une interrogation légitime : a t-elle vingt ans, trente ans de retard ? Et pourquoi se laisse-t-elle ainsi accaparée par un discours patriarcal axé sur la question du genre et du sexe ? BBC News en fait ce résumé

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Jour de grève

Jour de grève dans Billets d'humeur Gare_de_La_Barre_-_Ormesson_18

Rien à voir avec le film de Jacques Tati, Jour de fête. Aussi longtemps que je me souvienne, il y a toujours eu des grèves sur ma ligne de train, le RER C. Je me souviens de la pagaille monstre en 1995, alors adolescent et lycéen, lorsque Alain Juppé avait tenté de faire passer en force sa réforme des retraites et que la grève massive avait eu pour effet de le faire reculer.

PHO53755560-d40f-11e2-84ca-4a6a2612ed1d-805x453 dans Billets d'humeur Trois ans plus tard, en 1998, en Octobre, j’étais descendu dans la rue de nouveau, quasi spontanément, après l’annonce des réformes Allègre pour regagner la capitale après que le proviseur adjoint nous ait indiqué que notre choix ce jour là était définitif : il n’y aurait pas moyen de retourner au lycée si l’idée nous venait d’abandonner l’idée de faire grève.

 Ma jeunesse avec moi et l’insouciance pour moteur, je m’étais alors entouré de copains de classe et avait pris ma première bombe lacrymogène. Souvenir formidable dans un sens (c’était ma première vraie manif’) et terrible (le gaz lacrymogène est insupportable, la dispersion fut rapide). Depuis, la SNCF a été amenée à faire de nombreuses fois grève. Pour des motifs que certains jugent scandaleux, inacceptables, indiquant souvent que les passagers sont pris en otage. Je n’ai jamais compris cette rhétorique, et je pense sincèrement que les avancées sociales s’obtiennent aussi par des manifestations et qu’au final ces mêmes gens qui hurlent au scandale, à la fainéantise ou que sais-je encore seront les premiers à bénéficier de l’action de ces mêmes grévistes.

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Grève dans les lycées en 1998 à Draguignan

Aujourd’hui je m’étais préparé à vivre au moins une matinée un peu difficile, mais je me m’attendais pas à ce qu’elle vienne directement d’une passagère. Je m’assieds dans l’avant dernier-wagon du train, train qui était omnibus. A la station suivante, une femme d’une cinquantaine d’années (probablement proche de la retraite en fait, ironie de l’histoire) s’assied assez bruyamment à mes côtés, le genre de personne qui aime se faire remarquer, portable à la main (jusqu’ici rien que du très banal), commençant à renifler (là non plus rien d’exceptionnel). Mais voilà, station suivante sur les cinq à omnibus. Nous voilà bloqués à quai (sans il est vrai de message de la part du conducteur du train). Une dame s’assied également juste en face de moi. La dite dame blonde, voyant que dix minutes sont passées se lâche

Et bien bravo, déjà dix minutes de retard, comme si cela n’était pas suffisant de faire grève !

Là , dans ma tête, je me dis que ce n’est qu’une parole balancée comme ça pour exprimer une gêne ou un ras-le-bol (que je comprendre, même si 5 minutes de retard un jour de grève c’est quasiment rien). Mais cette dame à la toilette parfaitement lisse, aux cheveux blonds posés sur les épaules, se met à gesticuler et regarde la passagère en face de moi

Vous vous rendez compte faire grève pour les retraites ? Non, mais c’est incroyable ça, ils feraient déjà bien de commencer par bosser, parce que c’est pas très difficile de conduire un train, quel bande de fainéants !

Là, intérieurement, je bous. Je bous parce que je suis agacé par ce genre de discours qui juge sans véritablement connaître la vie de chaque conducteur, et surtout en critiquant un système qui lui permet sans doute de pouvoir prendre sa retraite dans quelques années, et pour laquelle d’autres, dont ces cheminots, se battent pour qu’elle la conserve.

A quoi cela sert de manifester aujourd’hui et de faire grève, puisque c’est déjà décidé ?

La passagère d’en face s’y met aussi. Évidemment, à quoi cela sert-il de se battre, à quoi cela sert-il de faire entendre ses arguments, sa voix, de viser à rendre plus équitable un système perfectible ? La France des résignés, juges, râleurs se trouve en face de moi ce matin, et j’essaie de garder mon calme.

Ah, ça c’est sûr pour bénéficier des avantages, pour s’offrir des vacances, il y a du monde, mais quand il s’agit de travailler, il n’y a plus personne

La dame blonde continue sur sa lancée. Pendant une minute. Une minute c’est long parfois. Pas une seule réaction à côté de moi, dans les allées du wagon qui s’est maintenant totalement rempli. Ce discours me refait soudainement penser à un autre couple que j’avais entendu il y a de cela quelques mois et qui avait cette même détestation, voire haine des fonctionnaires, des personnels de service, en disant qu’eux, employeurs ne travaillaient qu’avec des fainéants, qui voulaient quitter leur poste à 17H et pas une minute de plus.

Immédiatement après son envolée, la dame blonde se lève et commence à tirer sur la fenêtre en voulant la descendre tout en bas, sans demander l’avis de quiconque. Je lui dit alors

Non Madame, je ne crois pas que cela va être possible, et il y a déjà la climatisation qui été activée.

Je fais manifestement preuve d’outrecuidance, me disant en plus qu’elle n’a pas eu l’amabilité de demander si cela dérangeait quelqu’un et me lance un

Mais c’est incroyable ça, prenez le taxi si vous n’êtes pas content !

Je lui rétorque alors

Vous devriez vous, prendre un taxi, vous n’auriez pas besoin de l’avis des autres

Elle me répond

Je vous trouve bien agressif

Je lui rétorque

Je ne suis pas agressif, je suis parfaitement calme. Où voyez-vous de l’agressivité ? C’est vous madame qui êtes agressive, et cela fait dix minutes. Vous êtes  hystérique, je suis désolé de vous le dire, mais c’est comme ça.

Elle s’indigne et me lance

Mais qu’est-ce que c’est que cela ? Et bien je préfère être comme je suis. Non mais je rêve, vous n’avez même pas de poil aux pattes !

Là, j’ai trouvé cela extraordinaire. Je pensais ce cliché masculin et machiste éculé depuis longtemps, celui qui consiste à dire qu’un homme ne peut être viril que s’il est barbu/ a des poils. Mais voilà que cette réplique sort de la bouche d’une femme. Ainsi donc, ne pas avoir de poil, ou plus précisément comme c’est mon cas chaque matin, être rasé de près signifie que je ne suis pas un homme, que je suis une mauviette, que je ne suis pas viril ? Et qu’accessoirement je ne peux donner mon avis ?

On dit parfois que les hommes ont des attitudes machistes, mais je trouvais hilarant d’une certaine manière que ce soit une femme qui se comporte de la sorte.  Je n’ai pas souhaité envenimer cet échange fort intéressant sociologiquement parlant (elle semblait être tellement sûre de sa supériorité, peut-être était-elle chef, mais je plains sincèrement ses employés si tel est le cas), et surtout quelle belle tranche de vie quotidienne d’une râleuse, qui ne peut s’empêcher de critiquer à tout va, ce qui pourtant lui permet, d’une part de se rendre sur son lieu de travail (mais j’imagine qu’elle a de l’argent pour se payer un taxi, auquel cas, pourquoi continuer de voyager avec la plèbe si cela lui déplaît tant ?). D’autre part, ce genre de comportement hautain et méprisant m’a donné plus que jamais envie de soutenir moralement les grévistes.

Une histoire de portable

Une histoire de portable dans Billets d'humeur acer-betouch-e110-telephone-portable

Ce matin, je prends, comme tous les jours, le train RER et m’assieds au premier étage de l’avant-dernier wagon en face d’une jeune fille. Je présume a posteriori qu’elle devait avoir 17-18 ans. Je me plonge au fil du voyage et des stations dans un état à moitié éveillé jusqu’à ce que cette même jeune fille me sorte de ma torpeur. Je remue la tête étonné parce que je ne m’y attendais pas, sursautant un peu et entends alors sa voix me demander :

Monsieur, excusez-moi, est-ce que vous pourriez me prêter votre portable pour que je passe un appel ?

Il se trouve que quelques secondes avant, en glissant ma main dans la poche, je m’étais justement fait la réflexion de me dire que je venais de l’oublier en partant et que je ne l’avais pas. Je lui réponds :

Bonjour, je suis vraiment désolé, je l’ai oublié. Justement je me faisais la réflexion en me disant que je ne l’avais pas dans la poche.

 

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iPod

Elle sourit et s’excuse de nouveau. Je n’avais aucune envie de lui mentir, et ne l’aurais pas fait si je l’avais eu en ma possession. Mais telle était la situation:  je ne l’avais tout simplement pas. Elle interpelle mon voisin de voyage, un jeune homme qui enlève les écouteurs de son Ipod. Il lui tend alors son portable après qu’elle lui ai expliqué qu’elle avait un coup de fil urgent à passer à un proche. Le jeune homme lui tend alors son téléphone portable et elle de composer le numéro.

Après sa discussion, elle reprit le portable, c’est-à-dire le sien, qui ne fonctionnait pas. Elle paraissait très nerveuse, ce qui s’expliquait par le fait qu’elle venait d’avoir son père au téléphone, qu’elle était injoignable en ligne, mais qu’elle pouvait recevoir des messages, qu’elle ne pouvait répondre vocalement et que c’était surtout son jour de rentrée, et qu’en gros, elle flippait vraiment.

Elle remercia le jeune voyageur qui lui avait passé son portable et je me suis alors fait deux réflexions :

1) Comment faisions-nous il y a quinze ans, lorsque avoir un portable était rare, alors qu’aujourd’hui qu’une personne n’en est pas est presque considéré comme relevant de l’anormalité, et pour parler plus familièrement comme un(e) extraterrestre. Regardez autour de vous, dans la rue, sur un quai de gare, dans les magasins, au travail, partout les gens ont leur visage constamment sinon très souvent rivé sur leur portable et semblent ne pas pouvoir s’en séparer. Cela m’agace parfois prodigieusement, mais ce matin, pour elle comme pour moi, c’était dommageable de ne pas l’avoir.

2) Je me disais que si durant une journée, les réseaux étaient désactivés ou qu’une panne généralisée intervenait, comment nous en sortirions-nous, et surtout certains y survivraient-ils ?

J’aurais évidemment passé mon portable ce matin à cette jeune fille, comme je l’aurais passé à n’importe qui dans l’urgence. Je me dis aussi que des histoires graves, bien plus que celle dont j’ai été témoin ce matin, arrivent, pour une simple histoire de  portable.

 

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