Archive pour la Catégorie 'Cinéma'

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The Woman, c’est elle : Pollyanna McIntosh

The Woman, c'est elle : Pollyanna McIntosh dans Cinéma Pollyanna+McIntosh+Burke+Hare+World+Film+Premiere+4oEJG4N4AZqlThe Woman de Lucky McKee

Il est assez fascinant de voir les réactions de chacun face à la même oeuvre. Un film en particulier. L’exemple qui me vient immédiatement à l’esprit pour l’avoir vu très récemment est celui de The Woman. J’ai mis du temps à le découvrir, voulant en savoir le moins possible. Le film est sorti en 2011 aux Etats-Unis, et en France directement en DVD, autrement dit sans passer par la case salle obscure, donc cinéma, ce qui est tout de même très surprenant alors que bon nombre d’autres pellicules y parviennent sans mal. Je n’avais pas vraiment réalisé à quel point le film a divisé, à quel point il a pu être conspué, le point de départ du « scandale » qui a suivi sa projection à Sundance ayant permis indirectement au film de se faire une publicité de film insoutenable. Bien sûr, le mieux demeure de le découvrir sans rien en savoir, ce qui était mon cas.

Après l’avoir découvert, je pense, qu’il rentrera, même si l’histoire nous le dira, dans la liste des films jugés en leur temps scandaleux, mais qui font aussi bouger les lignes. Ce film ne révolutionnera pas le monde ou une certaine vision du monde, il n’est pas aussi révolutionnaire que pouvait l’être 2001 l’Odyssée de l’espace qui annonçait les grandes conquêtes spatiales, le développement de l’intelligence artificielle, et ce en 1968 avec un visuel qui reste aujourd’hui résolument moderne.

2001_l_odyssee_de_l_espace_ dans Cinéma2001 l’Odyssée de l’Espace

Le film de Lucky McKee est loin d’être le pensum que certains ont vu. Et encore moins un film de petit malin de festival destiné uniquement à choquer. Je n’ai pas vu tous les films du réalisateur, mais dès May en 2002, il a montré un talent certain dans le portrait féminin et dans la peinture de caractères et de personnalités originales, décalées, attachantes. Il a réalisé un film au parfum légèrement lesbien avec The Woods et son univers d’internat.

Et avec The Woman (qu’on pourrait interprété comme la femme, mais aussi la mère des mères : la Nature elle-même qui traverse le film depuis la scène d’intro, à l’état sauvage jusqu’à l’image finale), il montre la violence misogyne dans sa représentation la plus acceptable socialement parlant, parce qu’intégrée à la vie familiale typique, avec les clichés de l’homme très propre sur lui, recelant une nature profondément méprisante à l’égard des femmes et une violence certaine contre icelles. 

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The Woman est certes dérangeant par sa frontalité, par l’utilisation de sa violence physique, contre la mère de famille, contre la femme sauvage « prise de force » de son environnement naturel, ramenée à un état encore plus bestial par les sévices qu’elle subit qu’elle ne l’était quand elle subsistait à l’extérieur, dans la nature, chez elle. On ne connaît d’ailleurs rien d’elle, de ses origines, de son histoire. Et tant mieux car le mystère reste entier, et rejoint une grande idée de la littérature, du cinéma, de la musique : le mystère féminin. En revanche, s’il est frontal, éprouvant par moments, je ne comprends toujours pas comment on peut le considérer comme une charge contre les femmes, et un appel au meurtre ou simplement à la violence contre elles ?

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Cela me rappelle les critiques virulentes, parfois délirantes à l’encontre d’Irréversible , jugé lui aussi scandaleux voire dégueulasse (la vidéo des réactions de la projection à Cannes allant jusqu’aux menaces de mort) qui racontait l’horreur du viol, caméra à terre, à même la chair meurtrie de Bellucci, plutôt que sa justification ou le dédouanement de l’agresseur devant sa victime. Irréversible est un film ultra violent sur la violence qu’il rejette fondamentalement et qui choisit l’intro dans le capharnaüm pour laisser ensuite une sorte de sérénité (brisée) s’installer durant 1 heure. Il ne fait aucun doute pour moi que Lucky McKee comme Gaspar Noé sont des cinéastes intelligents, qui réfléchissent à leur sujet, et qui signent un cinéma violent, anxiogène, mais aussi profondément humain et virtuose. La violence comme chez Peckinpah est un exutoire. Un moyen plutôt qu’une finalité.

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The Woman m’a remué, touché aussi, beaucoup, comme l’avaient fait il y a dix ans, Irréversible et Salò, ressorti à l’occasion en salles en juin 2002. A l’époque, je n’avais pas vraiment fait le malin dans la salle après avoir entendu les avertissements initiaux d’un spectateur qui sortait, pantelant, presque livide, de la séance précédente en m’adressant un  » Attention, avec ce film il va falloir vous accrocher ». Je l’avais vu dans la toute petite salle du cinéma Majestic Bastille à quelques mètres du métro. Grand souvenir de cinéma transgressif, il me fallait le voir, découvrir cette oeuvre importante.

Pour Irréversible, je me souviens de la séance de 20h, contrôle minimal à la caisse, deux gamines assises derrière moi qui parlaient entre elles avant la séance, mâchaient nerveusement leur chewing gum, et qui au bout de cinq minutes se firent muettes comme des carpes avant de quitter la projection au bout d’un quart d’heure. Je me souviens de cinq ou six personnes quittant la salle, les nerfs à vif; du flot d’images, de sons, et d’être ressorti les larmes aux yeux, abasourdi. Et mettant dix minutes à me remettre de mes émotions.

pollyanna-mcintosh-in-the-woman-470260825The Woman

The Woman est un film sur la violence tapie dans l’ombre qui surgit du cadre dans lequel on ne l’imaginerait pas de prime abord, mais dans lequel il se développe d’une façon exponentielle, en contaminant d’autres membres, dont le fils, de plus en plus inquiétant. Il permet à Pollyanna MCintosh, stupéfiante, d’incarner un rôle très difficile (sans paroles, uniquement basé sur la gestuelle empesée, et sur l’intensité du regard). Elle est méconnaissable une fois vues les photos d’elle sans le maquillage, et d’une beauté saisissante sur les clichés lui donnant un étrange air de Benicio del Toro au féminin sur certains d’entre eux. Le film repose beaucoup sur sa performance, même si tous les acteurs sont formidables. Dont le rôle du père, inquiétant par son attitude et sa pensée. J’ai recherché des infos sur cette actrice britannique et j’ai vu qu’elle avait pas mal tourné, essentiellement aux Etats-Unis et en Angleterre. Pour moi elle devient instantanément en un film, une actrice icônique. La beauté sauvage du film vient aussi de sa bande-sonore (mixage, bruitages) et de ses chansons signées Sean Spillane

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Pollyanna à l’affiche du film Adrenalin. Cette image seule suffit à me donner très envie de le découvrir.

Pollyanna McIntosh mérite tous les éloges pour sa stupéfiante interprétation. Je ne crois pas qu’elle désire être la porte parole de toutes les femmes battues, violentées, agressées dans le monde. Mais c’est sûr, The Woman peut sans doute aider à libérer une parole parfois confisquée par un environnement patriarcal oppressant. Le film n’est cependant pas un cri de haine contre les hommes et ce n’est pas un brûlot qui condamnerait tous les hommes. Il ne juge pas, il montre simplement certaines situations extrêmes issues d’un contexte névrosé, dans lequel les hommes effectivement, méprisent, violentent et font endurer les pires sévices aux femmes. Et franchement à écouter Lucky et Pollyanna (qui respirent l’intelligence et la complicité) comment peut-on imaginer une seconde que cet homme puisse détester la gente féminine au point de réaliser un film qui déborde de misandrie. J’ai remarqué que les actrices/acteurs, chanteuses/chanteurs, cinéastes qui font de la violence un exutoire dans leurs oeuvres et dans leur art, sont souvent les plus civilisé(e)s, poli(e)s, attachant(es) et affectif(ve)s.

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The Woman s’inscrit dans la liste des films qui comptent par rapport à leur sujet, au même titre que Délivrance, Les chiens de paille, Salò, Irréversible.

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Les réactions

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En secret (Maryam Keshavarz, 2012)

En secret (Maryam Keshavarz, 2012) dans Cinéma en-secret

Atefeh et Shirin sont deux jeunes femmes iraniennes. Elles s’aiment. En secret. Le premier film écrit et réalisé par Maryam Keshavarz est un film passionnant sur la notion de liberté et de choix. Il est d’autant plus remarquable que le langage cinématographique y est maîtrisé, depuis l’utilisation savante du gros plan pour renforcer les sentiments amoureux éprouvés par leurs deux héroïnes, jusqu’au plan américain et large pour montrer l’ébullition de la ville autour des héroïnes.  Celui de la montée en force de la dramaturgie qui va crescendo l’est tout autant. Surtout, en filigrane, par son action même, En secret est un film politique et une ode à la féminité et à la différence. Un film politique qui ose aborder le thème de l’homosexualité dans la société ultra normée qu’est la société iranienne, sous l’angle et le point de vue féminin d’une réalisatrice iranienne et non pas française. La force du propos n’en est que plus remarquable. 

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Basé sur les rapports entre deux familles, l’une bourgeoise et l’autre dans laquelle évolue une jeune femme qui vit encore avec son oncle, En secret raconte la sensualité, le désir, l’attirance que ressentent deux personnes de même sexe en évitant soigneusement une réflexion univoque. Le film est assez ambigu parce qu’il repose longtemps sur une indécision: celle que Shirin porte longtemps avec elle, et celle que Atefeh lui renvoie en miroir parce que sa famille, et particulièrement son père, se laisse entraîner dans la pente rigoriste prise par un fils échappé de l’addiction à la drogue, ayant trouvé Dieu mais manifestant peu d’affection pour ses proches et notamment sa soeur. La finesse des dialogues et de la psychologie développée par la scénariste permet au film d’éviter le pathos ou encore la moralisation des personnages et de leur histoire. La force du personnage de Merhan est par exemple incarnée par toute la violence qu’il garde en lui. Le père d’Etafeh est un beau personnage moderne, etc. Les situations sont parfois étonnantes, déstabilisantes même à l’image d’une Shirin en plein doute, saoule qui en boîte allume littéralement un mec qu’elle croise du regard avant de le laisser en plan quelques secondes après.

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On assiste aussi à un amour saphique cadré dans une lumière mordorée superbe, où les draps, la soie, la finesse des plans, la délicatesse toute féminine des poses et du toucher renforce le côté pictural et ultra sensuel du film. L’importance du gros plan, sur les mains, les yeux, la bouche ne fait aucun doute dans un film ô combien charnel, sans oublier l’humour et une forme de décontraction qui sont savamment distillés (la séquence familiale du volley sur la plage, la séquence de doublage de Harvey Milk de Gus Van Sant en persi, la scène du vidéoclub), ou encore le ton décalé de séquences comme celle du chauffeur de taxi fétichiste ou encore la terrible scène durant laquelle Mehran refuse que sa femme et sa soeur chantent parce qu’elles le feraient en public. L’art, cependant, au sens large, est plus fort que tout. Plus fort que les brimades et les intimidations, que l’intégrisme même, au détour de ce dialogue stupéfiant du propre père de Mehran « Tu es devenu intégriste maintenant ? ». Peut-être qu’aucun cinéaste/scénariste français n’aurait osé ce type de dialogue, et c’est extraordinaire de l’entendre dans la bouche d’un acteur iranien au sujet d’un film sur le désir féminin d’émancipation.

Par son environnement, le film m’a rappelé Fucking Amal de Lukas Moodysson, film de la génération précédente mais toujours d’actualité, dans lequel deux adolescentes s’ennuyaient à mourir tout en se découvrant leur amour, amour d’abord mal vu par les proches, les amis puis les parents mais qui finissait par triompher des insultes/quolibets. En secret ne se passe pas en Suède, mais en Iran. Et les actions, la paroles, le chant, les gestes du quotidien sont ici filmés par des caméras de surveillance installées dans les chambres à coucher et autres pièces. On y sort pour aller à la mer, pour aller en boîte, et même dans cet espace où la musique donne un autre LA, il y a malgré tout une forme d’ennui et de répétition. Shirin et Atefeh rêvent d’autre chose. Pour Shirin, c’est clair depuis le début, de gloire à Hollywood, le géant américain qui critique tant le régime iranien sur le plan culturel et géopolitique. Et pour Atefeh, pourquoi pas de découvrir Dubaï, pas non plus le modèle rêvé de démocratie. Mais justement, qu’est-ce que la démocratie, ce mot symbole rattaché à la République Française comme le signe de toutes les égalités et de toutes les fraternités ? La réponse est loin d’être simple.

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L’actrice Sarah Kazemy ici en interview

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Sarah Kazemy avec l’une de ses récompenses.

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La très talentueuse réalisatrice du film Maryam Keshavarz

Shirin et Atefeh, elles retirent leur voile dès lors qu’elles ne sont plus à l’école et écoutent de l’électro comme bon nombre d’autres jeunes filles de leur âge. Il y a néanmoins le geste social et politique derrière tout cela, la séquence de fouille renvoyant une nouvelle fois à la brimade. Cette fois non pas parce qu’elles sont accusées d’être homosexuelles, mais parce qu’elles se sont permises une petite virée en voiture. Pour ce qu’il montre du quotidien, et de ce féminisme qui à l’inverse de certains autres n’expriment pas seulement/uniquement une haine/ un rejet de l’homme comme justification d’être (ce qui est parfois le cas) parce que ce dernier serait selon ce féminisme de facto forcément mauvais, mais un féminisme intelligent, progressiste qui vise plutôt à permettre à deux femmes de s’aimer indifféremment de leur sexe plutôt que les cantonner à n’être que cela : des homosexuelles parmi les hétérosexuelles. La banalité en somme, et l’envie d’être soi-même. Encore un film initiatique. Oui, mais En Secret, est un film beau et sensuel entièrement porté par ses deux magnifiques actrices, Nikohl Boosheri et Sarah Kazemy (qui est parfaitement bilingue français/iranien). A découvrir en DVD. 

Une autre affiche du film

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Rebelle (Brenda Chapman, Mark Andrews, 2012)

Rebelle (Brenda Chapman, Mark Andrews, 2012) dans Cinéma film_rebelle_pixar

Pixar est un studio d’animation américain connu pour avoir écrit, produit et réalisé quelques uns des plus grands succès commerciaux dans ce domaine depuis plus de dix ans. L’histoire a commencé en 1995 avec la sortie de Toy Story et s’est poursuivie sur plus de dix ans avec des succès tels que Toy Story 2, Le Monde de Nemo, Cars, ou encore Monstres et Cie. Je dois concéder le fait que je n’avais pas aimé particulièrement Ratatouille et encore moins Wall-E dont j’avais trouvé la première partie (intégralement muette) fabuleuse mais la seconde épuisante par son moralisme et sa pensée écolo binaire. Surtout le dernier film d’animation qui m’avait beaucoup touché était Dragons, sorti des studios….Dreamworks de Spielberg. Alors oui il y avait des héros de cinéma chers au studio Pixar, mais pas encore d’héroïne.

C’est chose faite avec le portrait de Merida dans une histoire qui s’ancre sur les terres écossaises et ses légendes ancestrales. L’histoire avait tout pour me plaire, et ce depuis l’annonce du projet : faire d’une jeune héroïne un personnage mue par un désir de se révéler à soi-même par le récit initiatique et les épreuves de la vie. Et en effet, dès les premières images, la chevelure bouclée rousse de la jeune Mérida fait son effet. Elle est d’abord croquée dans son enfance, déjà extrêmement vive, confrontée à ses premières peurs et ses premières émotions, jusqu’à l’âge de l’adolescence où le classique passage à l’âge adulte est lui aussi illustré.

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Rebelle, Mérida l’est car ses parents qui sont à la tête du royaume l’en ont un peu décidé à sa place (surtout sa maman). Le père lui est jovial, beaucoup moins collant, et davantage porté sur les récits de ses exploits héroïques passés. Merida écoute cela avec un détachement étonnant qui révèle surtout un certain ennui au quotidien et une vie réglée comme du papier à musique : tout est lisse, encadré, minuté, surveillé. Et c’est cela qui déplaît à la jeune adolescente qui a déjà envie de prendre sa vie en mains et de décider de son destin. Le film est techniquement très abouti mais ce n’est pas une surprise :  les cheveux, les expressions du visage, les traits, les décors, les effets de lumière, le cadre lui -même, l’utilisation du Scope pour les décors. Tout est ici soigné, croqué avec un sens maniaque du détail et une certaine ambition. On pourra prévenir les jeunes enfants de passages un peu durs, notamment lors des affrontements entre les ours qui peuvent effrayer les plus petits d’entre eux.

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Rebelle est un film initiatique sur le désir de liberté et sur les contraintes afférentes à ces mêmes libertés : Merida n’en fait qu’à sa tête car elle ne veut pas que l’on choisisse un mari pour elle, donc un mariage non désiré et subi. Elle veut aussi choisir l’homme qu’elle aimera pour ce qu’il est pas forcément pour ce que les autres, y compris ses proches pensent de lui. Elle veut aussi prendre ses distances avec les traditions, avec les coutumes, avec les règles que son statut lui confèrent : celle d’une princesse qui refuse de l’être et qui vit sa crise d’adolescence comme d’autres celle de la cinquantaine. Le scénario est loin d’être original, mais le ton est léger, l’humour parfois caustique et le trait est souligné avec une certaine imagination (la représentation du feu follet comme guide dans la nature, celle de la sorcière qui fait penser à Blanche Neige et les sept nains, l’anthropomorphisme saisissant de l’ours, les séquences d’intimité une fois la maman transformée en animal qui montrent le sens de la répartie et cette absolu nécessité de faire du sentiment le moteur de l’action : colère, joie, peine, douleur ou enthousiasme). Quelle bonne idée d’avoir confié le doublage de Mérida en français à Bérénice Béjo, qui d’une voix douce et chaleureuse caresse l’auditeur de son phrasé.

On est saisi par la qualité constante de l’animation, par la place de la femme décrite ici dans une société majoritairement masculine où celle-ci prend la parole, se défend, attaque, et guide un peu le peuple (il y a un peu de l’idée du tableau de Delacroix). Car au demeurant, de la libération finale nait aussi ce sentiment de liberté que la jeune fille trouve dans le choix qu’elle a su trouvé après les épreuves, et l’amour filial qui sort grandi après les affrontements. On peut parler de bons sentiments comme de quelque chose de péjoratif, le film montre surtout que la révolte adolescente amène souvent à tisser encore plus les liens entre des gens qui étaient capables d’exprimer du ressentiment voire de l’incompréhension face à la parole adulte, avant de se révéler et de révéler l’amour aux autres comme un moteur essentiel, vital de leur vie.

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The Amazing Spider-Man (Marc Webb, 2012)

The Amazing Spider-Man (Marc Webb, 2012) dans Cinéma 5jnPH

Spider-man constitue à l’instar de La Planète des Singes l’année dernière une très bonne surprise. Parce qu’il n’est d’abord pas évident de surfer sur la vague de remakes/préquelles qui pullulent depuis quelques années à Hollywood qui recycle avec plus ou moins de bonheur ses succès d’antan et qu’ensuite s’imposer en tant que Spider-man après Tobey Maguire n’est pas chose aisée. La Planète des Singes dont l’original date de 1968 n’y avait pas échappé, et cette année les fans de la bande-dessinée et des films de Sam Raimi dont le premier de la trilogie sorti en 2002 au lendemain des attentats de New York du 11 septembre avait été un carton au box-office, attendaient ce film au tournant.

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C’est Marc Webb qui s’y colle. Il est le réalisateur de 500 jours ensemble, un petit film romantique que je n’avais pas du tout aimé, même si Joseph Gordon-Lewitt y était à l’affiche et qu’il a depuis Mysterious Skin en 2004 de Gregg Araki connu une ascension fulgurante dans sa carrière en jouant dans des films de première importance. Pour ce Spider-man version 2012, le réalisateur a choisi Andrew Garfield. Son nom ne dit peut-être pas grand chose au grand public, mais l’acteur américain est en train lui aussi de se construire une filmographie des plus intéressantes, après son rôle dans The Social Network de David Fincher, et surtout Never let me go, qui racontait les histoires d’amours entre trois jeunes adultes dans un film d’anticipation à la mélancolie exacerbée. Son choix est très pertinent : il est longiligne et surtout il paraît être le garçon d’à côté, celui qui a des gestes gauches, qui est timide et ne sait simplement pas comment aborder la fille dont il tombe amoureux. Cela ne change rien au personnage tel qu’il a toujours été, mais il est ici interprété avec recul et humour voire auto dérision.

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En face de lui, dans le rôle de Gwen anciennement échu à Kirsten Dunst (prix d’Interprétation féminine à Cannes en 2011 pour Melancholia), on retrouve Emma Stone qui avait déjà joué dans l’inédit en salles et sorti directement en vidéo The Bunny House (Super Blonde) qui prête ici ses traits juvéniles, sa blondeur angélique et ses petites taches de rousseur à son personnage d’adolescente se sentant attirée par ce garçon curieux et différent qu’est Peter Parker. Le scénario est sensiblement le même que celui du premier opus, avec les passages obligés, dont ceux de la découverte des pouvoirs et des changements qu’ils engendrent, mais aussi les petits morceaux de bravoure comme celui de l’attaque dans l’école de science ou le final sur le toit du bâtiment. Surtout, Spider-man version 2012 axe principalement sa psychologie sur la vie quotidienne de ses personnages et cette question centrale du Qui suis-je ? 

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La relation entre Gwen et Peter est très intéressante dans sa façon de filmer un amour d’abord platonique qui se cache derrière les vitres teintées des laboratoires ou qui au contraire explose lors du dîner avec la fameuse scène sur le toit après le repas à base de loup (ce poisson qui vaut un jeux de mots assez drôle : d’une certaine manière, Spider-man est le loup qui s’introduit dans la bergerie pour séduire sa dulcinée). L’innocence de Peter et le charme scintillant, craquant de Gwen font la différence dans ce qui aurait pu être une banale bluette : il y a plus que cela dans cette scène, alors que Peter semble renoncer à vouloir avouer qu’il est vraiment (la question centrale du Qui suis-je ?) finalement, dans un geste d’abord de retenue voire de pudeur puis ensuite de délivrance, il enserre sa partenaire grâce à sa toile et l’embrasse langoureusement, laquelle n’en revient pas.

Ailleurs dans le film on retrouve ce mélange de surprise et d’humour mêlé, lors de l’arrestation d’un malfrat quand Spider-man le plaque au mur avec ses toiles et l’empêche ensuite de parler tout en commençant à danser, ou lors de la scène du ballon de basket quand Peter s’amuse avec celui qui était auparavant son bourreau (et celui d’autres gamins qui n’ont pas la force de répliquer). Peter Parker est donc ce héros ordinaire, qui rejoint dans les grandes lignes (orphelin de père et de mère, étranger au monde des adultes tout en y entrant par le fait d’un évènement tragique l’obligeant à ouvrir les yeux sur le monde et à s’y accepter, personnage qui découvre des pouvoirs et donc des responsabilités, etc) le destin de Superman, cet homme venu d’ailleurs qui a un pouvoir inconnu et le transcende en arborant un costume de justicier.

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La réalisation de Marc Webb laisse place à des cadrages soignés, et même si certains effets visuels jurent par l’incrustation des trucages, on a clairement progressé visuellement depuis le Spider-man de 2001. Le rythme est plaisant, les séquences d’action lisibles, et l’émotion jaillit quand Peter Parker se remet en question, doute ou se blesse (ou est blessé). Sa carapace rouge et bleu cache un coeur et une âme qui transpirent de ce besoin d’être désiré et aimé (la séquence de dialogues entre le père de Gwen et Peter au cours duquel la police est critiquée tout comme l’action de Spider-man considéré comme une menace non pas létale mais réelle, montre bien l’ambiguïté initiale dans les rapports père-gendre et père-fille)On a aussi droit à des plans larges savamment construits lors des envolées de Spider-man et peu de plans caméra à l’épaule (tremblements, confusion entre rythme et précipitation), qu’on retrouve habituellement dans ce type de production. Bref, Spider-man 2012 est un film à la mise en scène assez classique mais c’est tout à son honneur. C’est un beau film sentimental, un très film très adolescent dans sa description de portraits , avec de l’humour, de belles chorégraphies et un monstre convaincant. Et puis c’est intéressant de voir une idylle naître à la fois dans un film et sur le plateau, puisque c’est le cas ici entre les deux acteurs principaux.

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Showgirls de Paul Verhoeven (1995)

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En 1995 Showgirls débarque sur les écrans du monde entier. Paul Verhoeven originaire des Pays-Bas sait sans doute intimement qu’il livre ici une bombe cinématographique dont l’impact va affecter négativement sa carrière à Hollywood dont il écorne l’image et les coulisses, tout en consacrant son film dans la liste de ceux devenus cultes, parce que régulièrement cités comme ayant impacté la perception du monde du show business et du spectacle en général. C’est un film sur les apparences, sur la chute des idoles et des icônes, comme pouvait l’être Boulevard du Crépuscule de Wilder (la scène finale dans l’escalier).

L’histoire est somme toute relativement simple. Elle emprunte aux récits des films de Scorsese, l’idée de l’ascension vertigineuse couplée à des obstacles qui se dressent les uns après les autres sur la route de l’héroïne (ici de quasiment tous les plans) avant la rédemption/salut final. Ici la jeune oie blanche des débuts s’appelle Nomi et l’on ne connaît rien de son passé, de ses origines. La seule chose que l’on apprend c’est qu’elle a envie de se rendre à Las Vegas dans le but de devenir célèbre et qu’elle est prise en auto stop par un chauffeur libidineux qui lui montre clairement qu’il aimerait bien faire autre chose avec elle que de simplement échanger quelques mots et en profite pour lui piquer son argent.

1995_showgirls_005 dans CinémaElle parvient finalement à Las Vegas sans le sou, ville de stupre, ville connue pour ne jamais dormir dans laquelle elle apparaît comme une parfaite inconnue, un peu ingénue, très naïve,  ivre de sensations, voulant à tout prix se faire sa place dans ce délire de couleurs et de sons. Verhoeven filme la ville comme un show permanent (néons roses et rouges, boîtes enfumées, mélange de vulgarité assumée et de séduction, où tout semble possible surtout à celles et ceux qui osent franchir le pas afin de devenir quelqu’un, l’obsession principale de Nomi). Incarnée par Elizabeth Berkley, la jeune strip-teaseuse en herbe doit faire ses preuves et c’est précisément ce que nous montre le réalisateur. L’actrice est loin d’être inconnue. Les nostalgiques de la période Sauvés par le gong qui fut diffusé à la télévision française et remporta un grand succès auprès des adolescent(e)s reconnaîtront l’alors juvénile adolescente de la série qui a bien grandi et affiche ici une propension à dévoiler son intimité qui est raccord avec le métier même qu’elle veut exercer : celui de se dévoiler au public (majoritairement masculin mais pas uniquement) et de l’émoustiller. Certains craquèrent pour Elizabeth Berkley et Tiffani Thiessen, d’autres pour Mark-Paul Gosselaar et Mario Lopez.

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Le film durant deux heures quinze ne contient aucun temps mort. C’est une frénésie de mouvements, une chorégraphie de tous les instants qui marquent la mise en scène inspirée d’un cinéaste qui, et c’est peut-être là que la critique a voulu principalement l’égratigner, n’a pas forcément de comptes à rendre à cette industrie du spectacle, mais en montre justement le côté versatile : aimant sophistiqué, parure magnifiquement kitsch et ou vulgaire qui s’affiche ici dans sa démesure et n’hésite pas à déconstruire les carrières aussi vite qu’elle s’est empressée de les bâtir. Plus lumineux est le show meilleur il est. Verhoeven décrit plutôt qu’il ne critique, même si son cynisme apparaît lors de la mémorable séquence du premier vrai casting que passe Nomi, durant lequel le directeur de revue lui intime l’ordre de darder, auquel cas elle n’est pas prête pour le spectacle, avec moult sous-entendus sexuels mais aussi dialogues explicites quant à son excitation à lui. La caméra se trouve en alerte et elle suit durant les différents tableaux animés, les corps qui se meuvent, sur une barre de lapdance ou lors des shows que les directeurs veulent plus pharaoniques les uns que les autres.

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Dans son rôle d’instigateur et de producteur, Kyle Machlachlan est remarquable. Mèche rebelle qu’il replace nerveusement de temps à autre, personnage un peu lisse mais aussi diablement sexy, c’est lui qui représente l’âme des spectacles et qui assure la promotion de Nomi, en lui faisant gravir un à un les échelons du succès. Un succès qui peut être miné par la jalousie, les rancoeurs voire les traîtrises (comme cette scène où une jeune danseuse est poussée dans les escaliers et se voit ainsi écartée des autres spectacles). Il y a également Gina Gershon en double de Nomi, danseuse autrefois vénérée qui a perdu un peu de son prestige mais s’entiche de Nomi au point de lui dire que finalement toutes les deux sont des putes lors du dialogue autour d’une flûte de champagne : putes sublimes qui se disputent l’amour et l’adoration du public qui en demande toujours plus.

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Showgirls a irrité la critique américaine pour son côté irrévérencieux. Verhoeven n’y va pas de main morte en dévoilant le cynisme et le jusqu’auboutisme des principaux protagonistes. Il fait aussi preuve de beaucoup d’humour et surtout il maîtrise chaque plan de son film. Le film est une immense blague si on le prend au second degré. Les américains ont d’ailleurs une expression qui peut parfaitement convenir : « a pulp melodrama« .  La fluidité de sa mise en scène rend justice aux moments clés du film : la revue tendance SM cuir vers la fin du film et son spectacle de lumière pyrotechnique, l’horrible scène de viol suivie d’une revanche en bonne et due forme laquelle libère une forte dose d’adrénaline et nous range définitivement du côté de l’héroïne,  la première séquence de strip avec la danse privée, quand Nomi découvre son futur mentor en affaires. Rythme endiablé, mise en images inspirée, portée symbolique (Nomi est un personnage initiatique qui part de quasiment rien et arrive à son sommet à elle, à sa popularité à elle, la fascination est réciproque entre Nomi et Cristal), Showgirls a marqué positivement le cinéma de genre et a marqué la génération camp, notamment pour l’invraisemblance comique de certains de ses dialogues.

Un vrai film culte comme finalement le cinéma n’en fait plus énormément aujourd’hui. Il n’a sans doute pas été le tremplin espéré pour Elizabeth Berkley qui tournera des séries B et téléfilms par la suite, retrouvant le cinéma de genre avec la suite de Donnie Darko en 2008 par exemple. Et puis pas beaucoup de choses entre et depuis. Dommage pour cette étoile du cinéma 90′s. Le film, lui demeure une oeuvre explicite sur le plan érotique, drôle, bariolée et nerveuse.  Il m’a fallu quatre visionnages pour vraiment l’apprécier et au final, au bout de la cinquième, il y a quelques mois, je me suis dit qu’il s’agissait tout simplement d’un grand film sur le miroir déformant des images : il anticipe notamment de six ans la scène de la piscine avec Loana, mais on peut aussi voir une filiation dans le cinéma de Verhoeven lui-même avec la scène du bain dans La Chair et le Sang (1986). C’est aussi un film sur la danse, la musique et le striptease qui est, j’en suis convaincu, un art,  la compétition entre les artistes (le personnage de Penny qui tente de marcher dans l’ombre de Nomi) . Un de mes films fétiches que je revois avec plaisir (et excitation). Pour la petite histoire, Verhoeven déclenchera de nouveau l’hystérie de certains critiques, allant même jusqu’à être traité de nazi avec son film suivant Starship Troopers en 1997.

Elizabeth Berkley et Paul Verhoven sur le tournage du film.

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Une photo du film dédicacée par l’actrice Rena Riffel

Il est sorti sur plusieurs supports vidéos depuis 1995 : en VHS, en Laserdisc, en DVD et enfin en Blu-ray. Il est disponible dans le commerce français et facilement trouvable sur le net, chez Amazon par exemple. Edition minimaliste, sans le moindre bonus, mais paraît-il, l’image est superbe, et en format respecté 2.35:1. L’édition japonaise du Laserdisc est collector en elle-même, car elle affiche une image censurée sur les parties génitales (pixels). La pochette est très belle, et j’aimerais l’avoir ne serait-ce que pour ce visuel.

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Le film est également sorti dans une édition collector, malheureusement codé Zone 1, Amérique du Nord, non lisible sur les lecteurs Zone 2

 

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