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Films du mois (Décembre 2014)

Films du mois (Décembre 2014) dans Cinéma Cinema

 

Film du mois

Image

 

Films vus

♦♦♦♦♦ : Chef-d’oeuvre

♦♦♦♦ : Excellent

♦♦♦ : Très bon

♦♦ : Bon

♦ : Moyen

O : Mauvais

 

 

Vivre pour vivre (Claude Lelouch, 1967) :  ♦♦

A la fin des années 60, Lelouch croque la vie d’un couple qui ne s’aime plus et surtout le portrait d’un reporter doué dans son métier mais lâche en amour, trompant sa femme et multipliant les aventures au gré des reportages. Pas le film le plus essentiel de son réalisateur, mais une chronique douce-amère qui parle de manière franche d’un sujet délicat. Très beau DVD. Et une interview intéressante en bonus. DVD fr

Maléfique/Maleficent (Robert Stromberg) : ♦♦♦

Une version de la Belle au bois dormant dominée par la présence fascinante d’Angelina Jolie qui ne fait pas que vampiriser l’écran mais porte une très large partie du film sur ses épaules. L’univers convoque le merveilleux, l’imaginaire et l’onirisme et si l’on peut regretter certaines créatures qui ont un côté un peu trop plastique, c’est l’évasion qui prédomine soulignée par une action bien menée. Un conte très réussi. Br fr 3D

 Crazy Night (Shawn Levy, 2008) :  O

L’humour et surtout sa réception c’est quelque chose de subjectif. On peut adorer Louis de Funès pour les mêmes raisons qui font que d’autres le détestent. Ici, un couple qui se dit lui même banal décide de sortir dîner à Manhattan dans un restaurant très huppé. Ils s’incrustent et s’ensuit une série de péripéties qui se veulent drôles voire hilarantes. Je n’ai rien contre le duo d’acteurs, mais j’ai trouvé l’histoire très conventionnelle (le rendu vidéo HD horrible)  et surtout j’ai décroché peut-être un ou deux sourires en 1H40. Je préfère largement l’humour absurde d’un Dumb and Dumber, car ce Crazy Night se passe effectivement de nuit, mais n’a absolument rien de Crazy. BR fr

Predestination (Les Frères Spierig, 2014 ) :  

Les réalisateurs d’Undead, une pétite série B horrifique sorti il y a dix ans se retrouvent à Hollywood pour filmer une aventure de science fiction sur les passages temporels, épaulé par Ethan Hawke. Le plus intéressant dans ce film, ce n’est pas le voyage dans le temps, les failles spatio-temporelles et le visuel, c’est cette étrange ressemblance qu’entretient son héroïne principale avec Léonardo Di Caprio, tout du moins le Di Caprio du milieu des années 90. Pour le reste c’est assez sommaire dans sa réalisation et j’ai trouvé le temps un peu long. BR fr

Poltergeist (Toobe Hooper, 1980) :  ♦♦♦

Je ne l’avais jamais vu mais ce film était lié à un souvenir d’enfance en passant devant le vidéoclub et me demandant ce qui se cachait derrière la mystérieuse jaquette d’une enfant devant un poste de télé. C’est une oeuvre bicéphale qui est un exemple de collaboration artistique entre deux artistes aux univers différents, à savoir Spielberg et Hooper. Ce n’est pas la même chose que le duo Pressburger/Powell, mais l’un et l’autre se complètent avec l’horreur pure de l’un (Hooper) et la sens du merveilleux, du conte chez l’autre (Spielberg). C’est en somme la matrice contemporaine du film de maison hantée, après l’original de Wise en 1959. Un poste de télévision, une famille et des interventions surnaturelles. Il n’en faut pas plus à Spielberg pour écrire un script sur la peur enfantine, sur les revenants. Hooper nous gratifie de quelques plans gores inattendus (qui justifient l’interdiction aux moins de 16 ans). Un film qui possède ce charme fou des films à effets spéciaux bricolés avant l’arrivée une décennie plus tard du tout CGI. Le DVD est très minimaliste : chapitrage, choix des langues, et c’est tout. DVD fr

Lucy (Luc Besson, 2014) :  ♦

Luc Besson voit large et ambitieux dans son script new age (les pouvoir infinis,  l’intelligence artificielle, la terre, l’expansion de l’univers) mais combine curieusement le minimum syndical dans le traitement visuel de son film qui convoque le cinéma contemporain coréen, le blockbuster américain et les franchises françaises (dont Taxi pour les poursuites). Un film hybride, au ton solennel et moralisateur (les stock shots documentaires appuient cette idée), naïf et roublard. Et surtout dénué d’émotions. BR fr

Ishaqzaade (Habib Faisal, 2012) :  ♦

L’opposition clanique, les élections, la jeunesse confrontée à l’aspect réactionnaire des doyens, c’est le cœur du film de cette œuvre indienne produite par Aditya Chopra qui met en scène deux jeunes comédiens débutant peu convaincants. Dès l’intro le film hurle son souhait de différence tout en s’adressant à un public conquis d’avance : les jeunes locaux dynamiques de Mumbaï, mais aussi les NRI qui souhaitent s’embrasser sur la bouche sans complexe (ce qui n’était pas le cas dans les 70’s). Très inégal, un peu hystérique et déjà vu. BR indien

Nos Meilleures Vacances (Philippe Lellouche, 2013)  :  O

C’est pire que ce que je craignais au regard de la jaquette retouchée jusqu’à l’excès, mais j‘étais curieux. Les vacances en Bretagne d’une bande d’amis parisiens garde justement ce côté énervant de parisianisme regardant le villageois avec une certaine condescendance dans le propos (tout ce qui n’est pas parisien est étranger). Seuls demeurent assez bien croqués ces moments de découverte pré adolescente, premiers baisers doux, innocence et heureuses découvertes. Tout sonne faux à commencer par les postiches et les costumes qui ont ce côté « reconstitution » forcée. BR fr

Le cerveau (Gérard Oury, 1969)  : ♦♦

Cela commence comme une comédie façon swinging London, puis la comédie déroule son intrigue s’affichant le luxe de se faire côtoyer Bourvil, Belmondo et Niven au casting. C’est un film assez entrainant qui lorgne même du côté de La Panthère Rose de Blake Edwards, avec un comique de situation qui émerge de l’énormité du détail (ici la panthère et le décor de la maison qui s’écroule). Un film ancré dans les 60’s, mélangeant bonne humeur, détente et divertissement. Du cinéma d’artisan en somme. Admirable restauration HD.

Seuls Two (Eric et Ramzy, 2008) : ♦♦

Paris, deux hommes. Seuls au monde ou presque. Le scénario est amusant mais pas sur toute la longueur, avec une histoire qui est surtout prétexte à l’abattage du duo principal qui reprend le comique de péripéties et le sens de la répartie. Sympathique mais un peu trop long pour tenir la distance.
BR fr

Les Gardiens de la Galaxie (James Gunn, 2014) :  O

Ce n’est pas tant l’humour, l’ironie, le ton au second et troisième degré qui m’ont agacé dans ce film de science fiction mais davantage son esthétique, ses costumes et sa soif d’en mettre plein la vue. Au bout d’une demi-heure je savais que cela ne me plairait pas tant j’ai trouvé le bestiaire vite repoussant. Idem pour le choix des couleurs et ces incessants changements de format vidéo passant du Scope au 1.85:1 lors des scènes d’action. Je préfère largement les originaux de Star Wars dont l’univers et l’imaginaire me parlaient beaucoup plus. BR fr 3D

La planète des singes (Matt Reeves, 2014 :  O

L’intérêt de la nouvelle version de 2010 résidait dans la multitude de rebondissements, l’affinement des caractéristiques des personnages, un rythme soutenu. Tout l’inverse ici, d’abord dans le choix d’un format 1.85:1, d’une 3D quelconque et surtout d’une mise en place d’intrigue s’étirant au-delà de l’heure. Un blockbuster qui contredit l’effet de surprise du premier volet et qui  provoque l’ennui. Très oubliable. BR fr 3D

Stars 80 (Frédéric Forestier, Thomas Langmann, 2012)  :  ♦

La troupe des années 80 composée, entre autres de Desireless, Jean-Pierre Madère, François Feldman, Début de Soirée, Emile et Images se reconstitue pour une tournée à travers toute la France. L’ironie du début qui veut qu’elle soit refusée partout – y compris par le producteur Valery Zeitoun- laisse ensuite la place à un film très lisse, comme en pilotage automatique. Jean Luc Lahaye semble être celui qui s’amuse le plus de son image. Divertissant même si très mineur, racontant en filigrane cette gageure de ne pas se moquer des artistes et du public qui les aime tout en montrant des chanteurs qui apparaissent en playback et chantent toujours le même tube.  BR fr

Kebab Connection (Anno Saul, 2005) :  ♦♦

Une comédie allemande qui décrit les relations entre une jeune fille allemande et un jeune homme turc dont elle est amoureuse et dont elle attend un enfant. La peur de l’engagement, la responsabilité de la paternité, les tensions inter-religieuses sont au cœur de cette sympathique comédie allemande tournée à Hambourg. Avec une dose d’humour, des répliques amusantes, un peu de karaté et surtout du döner. Acheté il y a quelques années à Amsterdam sur un marché je le gardais bien au chaud en attendant de le découvrir. DVD Benelux.

Crawlspace (Justin Dix, 2010) :  ♦♦

Depuis Alien et plus récemment Cube, enfin il y a de cela déjà une quinzaine d’années l’enfermement est propice à décrire toutes les peurs, qu’elles soient de nature biologique et ou guerrière. Ici on se retrouve avec une troupe de soldats coincés sous la terre. Ambiance poisseuse, cadrage au cordeau qui en font un film loin d’être original mais correctement ficelé. Je me suis aussi demandé si l’orange des costumes de certains personnages n’étaient pas au regard du film une métaphore sur les prisonniers de Guantanamo et le sort qui leur est réservé. BR fr.

20 ans d’écart (David Moreau, 2013) :  ♦♦♦

Une comédie romantique qui met en scène un jeune étudiant en architecture et une rédactrice de mode de vingt ans son aînée. Un film drôle, enlevé sur les dessous (impitoyables, mais ce n’est pas une suprise, ils étaient bien  décrits dans Le Diable s’habille en Prada) de la mode et sur le sentiment amoureux entre un homme naïf, maladroit mais touchant qui met du peps et de l’originalité dans la vie d’une future (quadra) incarnée par une pétillante Virginie Efira. Il est d’ailleurs amusant de la voir jouer à ce point sur son image, tandis que Pierre Niney excelle dans son rôle (et a tout le talent pour devenir un grand acteur). DVD fr

La Belle et la Bête ( Christophe Ganz, 2014) :  ♦

Au mystère et à l’onirisme du film de 1946, Christophe Ganz préfère la toute puissance des CGI et des décors (époque oblige). Si je ne n’aime pas trop le film de 1946 je lui reconnais un très beau maquillage et une belle utilisations des trucages d’optique. Ici, cette relecture du film de Cocteau propose plus de rebondissements et d’action mais moins de mystère. Léa Seydoux m’a paru trop jeune pour le rôle et Vincent Cassel grimé par  les effets spéciaux ne fait pas peur. Je n’ai compris la présence des géants de pierre qui ajoute du spectaculaire là où ce n’était pas nécessaire. Br FR

Reflets dans un œil d’or (John Huston, 1967) :  ♦

Deux heures ou presque de frustrations sexuelles, de sous-entendus et d’énergie érotique (négative) dans ce film qui convoque la psychanalyse en décrivant les relations entre trois personnages : une femme, un soldat voyeur et un officier gradé. La photo est belle, Marlon Brando ne fait rien mais reste monstrueux de charisme, mais le film est d’une langueur qui a finit par me décourager au bout d’une heure. Et le Blu-ray affiche une image au contraste trop mou, donnant l’impression de voir le film avec un voile constant.. BR fr

Stuck (Stuart Gordon, 2009 : ♦♦

L’enchaînement de péripéties, la tension nerveuse, l’ironie cinglante qui culmine dans le final grand guignolesque font de cette série B un conte métaphorique sur l’horreur quotidienne celle qui s’immisce et qui montre une certaine forme de lâcheté derrière le masque apparent de la tranquillité et la sociabilité. C’est signé Stuart Gordon un maître du genre à qui l’on doit Re-Animator.  Je me demande néanmoins ce que ça aurait pu donner avec Brian Yuzna aux commandes (réalisateur du formidable Society). BR fr

 

Supercondriaque (Dany Boon, 2014) :  ♦♦

Dany Boon s’appuie sur un sujet (l’hypocondrie) pour dérouler sa mécanique comique qui fonctionne bien dans le premier tiers et rebondit ensuite avec la fausse usurpation d’identité. C’est rythme, assez drôle parce qu’il en fait des tonnes, tout en mimiques, expressions et joue aussi avec la représentation des Balkans, de la guerre civile et des imbroglios. Le film rappelle un peu par moment et j’ignore s’il l’a vu Rab Be Bana Di Jodi sur la thématique de l’identité usurpée ou plutôt du masque que l’on porte pour éviter d’être soi-même tout en désirant l’amour de l’autre. Et Alice Pol est vraiment très charmante. BR fr

Made In USA (Jean-Luc Godard, 1966) :  ♦

Godard signe un film conceptuel comme il a souvent eu l’occasion de le faire, s’appuyant sur la puissance visuelle de son film pour entraîner son héroïne et égérie Anna Karena aux U.S.A. Le film mêle politique (en plein conflit du Vietnam et avant Mai 68), discours sur l’image et le son -avec cette voix-off omniprésente-, trouvailles visuelles (le mot liberté criblé de balles), et ces panneaux typographiques qui seront plus tard par Gaspar Noé. C’est visuellement beau (photographie superbe), très pop, mais le propos peut paraître aussi un peu obscur et laisser de marbre d’autant que l’héroïne n’a pas vraiment le beau rôle. DVD UK

La Chasse (Thomas Vinterberg, 2011) :  ♦♦

Le film de Thomas Vinteberg remarqué et salué à Cannes en 1998 avec Festen (son meilleur film),  est l’histoire d’un mensonge perpétré par une enfant qui met en vrac la vie d’un adulte travaillant auprès des enfants dans une crèche. Quelque peu prévisible, le film fait lentement monter une pression qui concentre l’énergie du désespoir de l’anti-héros vers une conclusion percutante. C’est bien interprété, cela rappelle aussi Les risques du métier de Cayatte, a photo est superbe (et le Blu-ray tout autant), mais au final je préfère la noirceur de Festen et le propos de ce dernier. BR f

La bouche de Jean-Pierre chez Badlands : Le DVD

La bouche de Jean-Pierre chez Badlands : Le DVD dans Cinéma 29a021b2e6209a479c475412dab601df

Il fût un temps où la télévision (même payante et cryptée) proposait des moments forts, des moments de découvertes cinématographiques, un espace audacieux, par le biais de ses émissions. Ce fut le cas en 1998, quand Nicolas Boukhrief (futur réalisateur de l’excellent Le Convoyeur) proposait dans le cadre de son Ciné Club sur Canal +, le moyen-métrage de Lucile Hadzihalilovic, La Bouche de Jean-Pierre.

Dix sept ans plus tard, le film est édité pour la première fois de son histoire en DVD, après être sorti sur support VHS. Ce qui lui permet de trouver une seconde vie par le biais de la vidéo. C’est avec une vraie curiosité et une vraie envie de redécouverte que j’ai donc acheté cette version, d’après un nouveau master supervisé par Lucile Hadzihalilovic et Gaspar Noé eux-mêmes. C’est l’occasion de (re)voir ce film emblématique qui marque les premiers pas au cinéma après le court-métrage La première mort de Nono en 1987, de la future auteure et réalisatrice d’Innocence.

Ce qui frappe d’abord en le regardant dans des conditions optimales compte tenu des limites du supports DVD (ici pleinement exploité), c’est l’absolue modernité du propos et la science géniale du montage et du découpage. D’un point de vue technique le film demeure impressionnant. Il n’y a quasiment pas un plan à jeter ou en trop.  Durant le tournage, Gaspar Noé assura le cadre et cela se voit : c’est à la fois techniquement hyper solide et parfois marqué par la propre inspiration du cinéaste sur Carne et Seul contre tous (caméra qui pivote à 360°, raccord dans l’axe, et un plan en début de film qui rappelle ceux de Seul contre tous quand la caméra effectue un pano très rapide).

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Mimi et Jean-Pierre, deux des personnages principaux de La Bouche de Jean-Pierre (1996)

Ce qui marque également et qui m’avait impressionné à l’époque déjà lors du visionnage sur Canal +, c’est la force du propos, l’audace de le mettre en images tout en faisant preuve d’un immense tact et d’une grande pudeur. LA scène entre Jean-Pierre et la petite Mimi, seuls dans l’appartement, cadrés en plan large fait encore son effet, non pas parce qu’elle serait simplement scabreuse, mais parce qu’elle laisse l’horreur de l’acte s’installer dans un cadre banal en osant le filmer sans recourir à une surenchère. C’est le côté pile de Lucile Hadzihalilovic, son regard féminin, lequel comme elle l’explique dans les suppléments, a parfois senti qu’elle était peut-être sur le point d’aller trop loin, mais qu’elle voyait aussi dans le jeu de cette actrice de 10 ans une force de caractère peu commune. La Bouche de Jean-Pierre, drame de la vie ordinaire dans une ville de banlieue parisienne est aussi un des témoignages cinématographiques les plus forts de cette période, le milieu des années 90 qui voit monter la peur xénophobe (la scène incroyable de l’ascenseur pris par Jean-Pierre au milieu de voisines parlant arabe, avec ce gros plan sur une oreille qui dit tout alors que lui reste muet mais rumine déjà son ressentiment, tout en menaçant plus tard physiquement les mêmes qui ne font pas de mal à une mouche), qui décrit cette peur ou ce rejet de l’autre tout comme un quotidien somme toute difficile dans un cadre qui semble pourtant a priori calme et accueillant.

«  Elles sont jolies tes poupées. »

Le personnage de Jean-Pierre dans La Bouche de Jean-Pierre (1996)

Une des scènes-clés du film : Jean-Pierre, le « héros » de l’histoire au milieu de voisines qu’il ne peut supporter du fait de leurs origines.

Mais voilà, le grain de sel dans la mécanique de cette histoire de tentative de suicide d’une mère larguée par son amant, c’est le portrait d’un homme qui refoule dans un premier temps ses pulsions, d’une tante envahissante et maniaque sur les détails et d’un environnement qui n’est pas des plus agréables, en dehors d’un cadre familial déjà étouffant. Le choix du format Scope 16mm a été inspiré par Star Suburb (court-métrage de Stéphane Drouot toujours inédit en DVD), et il propose paradoxalement un étouffement encore plus grand pour la petite Mimi, confinée, seule, à l’écart, que Noé cadre d’ailleurs parfaitement par la lumière verte dans une sorte de petite chambre ouverte sur l’espace minuscule du salon, mais fermée au regard des autres par un léger rideau.

Heureusement Lucile Hadzihalilovic ne cache rien des sentiments vécus, du poids de cette tante sur ses épaules de gamine, et du trouble, immense, prégnant, mais indicible de ces enfants victimes d’abus sexuels. Il était important aux yeux de la réalisatrice d’aborder un sujet tabou. J’ai redécouvert cette scène à la fois détachée de la tonalité du reste, et qui s’inscrit en même temps dans cette logique de rejet viscéral de l’autre : celle des musiciens, quand Mimi sort de l’appartement et s’en va rejoindre des hommes beaucoup plus inoffensifs que ne le sera plus tard Jean-Pierre au moment où la tante part en le laissant seul avec sa nièce une après-midi. Il y a dans La Bouche de Jean-Pierre la force du propos de Carne sans la violence physique et visuelle de ce dernier, et une originalité de ton quasi inédite pour son époque et rarement atteinte depuis. Et bien que le rythme soit volontairement lent, le charme vénéneux de ce film vient en grande partie de la qualité de son interprétation comme de sa mise en scène.

SCT2

La Bouche de Jean-Pierre par la rigueur de sa mise en scène annonce Seul contre tous (Gaspar Noé en cadrant un jour sur le film de Lucile Hadzihalilovic sera amené à cadrer pour le sien le jour d’après), par la précision de son montage, de son éclairage (Dominique Colin à l’oeuvre chez les deux cinéastes, est un directeur de la photo génial) surprend, continue aussi d’étonner par sa force tranquille, par sa douleur sourde, son angoisse et une forme de beauté aussi mystérieuse que conquérante : il est de ces moyens-métrages qui changent le cinéma français, le modernise instantanément.

Image de prévisualisation YouTube

Bande-annonce proposée par Badlands (et 1kult).

Le DVD de Badlands.

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La jaquette du DVD, en tous points fidèle à celle d’origine (©Badlands)

318768956_640Capture d’écran du générique de début du film.

C’est la jeune et enthousiaste équipe de Badlands qui prend l’initiative heureuse et plus que bienvenue de sortir ce moyen-métrage en DVD, dans une édition limitée à 1000 exemplaires (qui deviendra par conséquent forcément collector à un moment ou un autre). Le site 1Kult et Sylvain Perret en particulier se sont associés pour promouvoir la sortie de ce premier DVD qui en appelle d’autres. Comme Le Chat qui fume il y a quelques années, voici un éditeur à suivre. En regardant les bonus présents sur le disque, on voit très nettement la différence entre les images originales (celles de Canal à l’époque de sa diffusion télé ?) vues dans le document Les amis de Jean-Pierre et celles du DVD qui ont profité d’une restauration, avec retouches à la palette et autres dispositifs visant à gommer certains artefacts, points blancs, tout en conservant le grain caractéristique d’un format déjà très original en soi. Le film se lance à partir d’un menu animé et sonore. C’est aussi une belle présentation, après celle permettant de lire le synopsis original présenté sous un format rectangulaire de couleur jaune (en respectant l’affiche originale). D’ailleurs, la jaquette du DVD elle-même reprend le visuel d’époque (typographie et design). Quand on voit le nombre de films qui sortent en DVD et Blu-ray avec des nouvelles compositions graphiques, parfois beaucoup moins heureuses, c’est déjà un excellent point.

Image : Un format 2.66:1 Scope 16 mm d’origine respecté. Un format proposé ici en 16/9, plus large encore que ne le sont les films qui furent tournés dans les années 50 et 60 en 2.55:1 dont Brigadoon par exemple, avant que le format 2.35:1 ne le remplace, donnant un aspect de confinement vertigineux alors même que ce format ferait des miracles pour filmer des grands espaces. C’est un choix technique et artistique qui convenait surtout parfaitement aux deux auteurs que sont Hadzihalilovic et Noé, en référence à Star Suburb, mais aussi parce que c’était une solution économique. Le rendu de l’image est saisissant, compte tenu une fois de plus des limites techniques du support. L’image conserve bien heureusement son grain d’origine, mais surtout la compression est invisible, le détail est là (textures, profondeur de champ, rendu naturaliste ou impressionniste des couleurs, particulièrement le jaune et le vert mis très largement en avant durant tout le film et qui ne bavent jamais). On ne peut pas faire mieux, à moins de passer en HD, mais en l’état c’est la meilleure copie du film à ce jour et c’est un excellent travail de restauration.

Son : Le mixage en 2.0 d’origine français a été conservé lui aussi et il est d’une clarté parfaite. Son cristallin, spatialisation riche et principalement mise en avant lors des passages les plus planants du film (arrivée finale à l’hôpital, panoramiques rapides, bruits éparses ou insistants d’éléments de décor). Là encore, du travail d’excellente facture qui permet de mettre principalement à l’honneur les dialogues et l’ambiance sonore. Seul bémol : pas de sous-titres français pour sourds et malentendants mais des sous-titres anglais. Les deux auraient été encore mieux.

Les bonus sont très intéressants et montrent un véritable investissement en terme de politique éditoriale. Il ne s’agit pas véritablement de sortir un film de l’oubli dans lequel il aurait été plongé depuis des années, mais de permettre au public de le (re)découvrir aujourd’hui dans les meilleures conditions, accompagné d’anecdotes croustillantes, techniques, amicales et parfois même touchantes.

  • Les souvenirs de Jean-Pierre (35 min) est un documentaire dans lequel les actrices et acteurs du film se souviennent de l’ambiance de tournage beaucoup plus chaleureuse que ne l’est le film dans sa teneur. Des anecdotes nombreuses, et surtout le sentiment que le film les a marqué individuellement, pour des raisons parfois personnelles (Sandra Sammartino n’avait que dix ans et tourner une scène comme celle de la douche devant un adulte était loin d’être évidente) ou collectives (la projection à Cannes comme récompense de trois années d’efforts, l’obtention du Prix Très Special). Surtout, ce bonus nous permet de voir des images du tournage du film, Noé manipulant la caméra, Colin s’occupant de la lumière tandis que les acteurs se meuvent dans le décor loué pour l’occasion. Indispensable.
  • Les amis de Jean-Pierre (52 min) est essentiellement axé sur les réflexions de journalistes, amis et techniciens de cinéma qui sont devenus par la suite réalisateurs comme c’est le cas pour Fabrice du Welz. Boukhrief fut en effet le premier à le programmer et il indique qu’il s’agit pour lui d’un film qui a changé le cinéma français à sa sortie. Le film était également sorti au Japon comme un long-métrage, chose qui serait rarissime de nos jours, surtout à une époque où les cinémas affichent vingt films par semaine. Intéressant, bien que les Souvenirs me semble être un document fondamental par ses rares archives et les interventions de la réalisatrice et des techniciens autour du film.
  • Le DVD propose également le court-métrage pornographique Good boys use condoms (6 min). L’histoire, cadrée toujours en Scope par Noé d’un jeune homme qui se retrouve au lit avec deux sœurs jumelles. Il changera de préservatif entre chaque rapport jusqu’à la montée de l’orgasme. Conçu à l’époque pour une campagne de promotion du préservatif et de lutte contre le Sida. De son côté, Noé réalisera Sodomites avec Coralie et Marc Barrow.  Un film toujours aussi beau et sensoriel, qui mettait en avant deux jeunes actrices de la fin des années 90, célèbres pour avoir tourné dans quelques productions Private.
  • On retrouve également la Bande-annonce du film Innocence, film que j’avais vu et apprécié à sa sortie en salles en 2004. Les prémisses de ce film sont déjà là dans La Bouche de Jean-Pierre.
  • Dommage qu’il n’y ait pas le document qu’avait réalisé 1kult montrant la restauration sur le film à l’oeuvre. 1kult l’avait pourtant mis en ligne sur son site.

Une excellente première galette et un galon d’essai qui mérite les éloges pour permettre aux fans et aux curieux de découvrir ce moyen-métrage qui a compté et continue de le faire, en influençant de jeunes cinéastes.

 

 

 

 

 

 

La bouche de Jean-Pierre en DVD

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Derrière ce titre quelque peu étrange, se cache le second film après La première mort de Nono en 1987, de Lucile Hadzihalilovic, compagne de Gaspar Noé et futur réalisatrice de Innocence, sorti en 2004. Ce moyen-métrage dure 52 minutes.

Longtemps invisible en vidéo, puisque non édité en VHS et DVD jusqu’à 2013, le film va enfin avoir droit à son édition vidéo le 11 mars, une première, sous l’égide de la société 1kult, qui se lance donc dans l’édition. Le site sous la férule de son créateur Sylvain Perret décortique l’actualité du bis, chronique les dernières sorties vidéo, annonce les nouveautés du genre, et se lance donc, dans l’édition vidéo. Comme Stéphane Bouyer, du site Devildead.com qui se lança il y a cinq ans avec Le chat qui fume.

Le film de Lucile Hadzihalilovic est monté et cadré par Gaspar Noé. Le DVD proposera un nouveau master, et des suppléments qui semblent très alléchants sur le papier. La sortie du film fait l’objet d’un article sur le site d’1Kult

http://www.1kult.com/2013/02/11/dvd-la-bouche-de-jean-pierre-toutes-les-infos/

La liste des bonus

  • Les souvenirs de Jean-Pierre (35 minutes) : l’équipe du film se retrouve pour nous livrer les secrets d’un tournage atypique. En plus de la réalisatrice Lucile Hadzihalilovic, on y croise les acteurs Sandra Sammartino, Denise Schropfer et Michel Trillot, mais aussi le chef opérateur Dominique Colin, le cadreur et producteur Gaspar Noé et l’ingénieur son Olivier Do Huu. Surprise, on y croisera de très rares images filmées durant le tournage.
  • Les Amis de Jean-Pierre (52 minutes) : cinéastes, journalistes et autres personnalités du cinéma nous parlent du film et de sa réalisatrice. Dans le désordre, on aura Christophe Gans, Nicols Boukhrief, Fabrice du Welz, Alanté Kavaïté, Christophe Lemaire, Douglas Buck, Laurent Aknin, Bruno Forzani et Hélène Cattet, Stéphane Derderian et Joyce A. Nashawati.
  • Good boys use condoms, un court-métrage de 6 minutes réalisé par Lucile Hadzihalilovic
  • La bande-annonce de Innocence, dernier film à ce jour de la cinéaste
  • Un livret de 40 pages avec le scénario original et des photos de tournage

C’est un premier pas dans le marché assez complexe de l’édition vidéo, et je souhaite  à  l’équipe bon courage !

J’ai découvert La Bouche de Jean-Pierre sur Canal+ il y a une quinzaine d’années. Film visuellement impressionnant, très anxiogène, qui aborde le sujet très délicat de la pédophilie au cinéma.

Mimi est une petite fille dont la mère tente de se suicider. Sa tante l’héberge alors. Mais Mimi est marquée par l’arrivée de Jean-Pierre, le fiancé de sa tante, jusqu’à en perdre le sommeil.

Il était important qu’une cinéaste se colle à ce sujet et le traite avec frontalité. Plus tard dans Innocence elle parlera aussi de l’amour.

Image de prévisualisation YouTube

En 1998, dans le cadre d’un projet collectif de courts-métrages pour la lutte contre le SIDA, Lucile et Gaspar ont filmé deux courts-métrages, le premier intitulé Sodomites et le second Good boys use condoms. Dans ce film, la réalisatrice narre l’ébat sexuel d’un jeune homme entouré de deux soeurs jumelles, lequel change de préservatif entre chaque rapport avec des partenaires différents. Il était là aussi important de revenir sur cette problématique de santé publique, à une époque, aujourd’hui, où celle-ci est assez scandaleusement absente de l’espace public ou s’y fait en tout cas très timide. Ce court-métrage Good boys use condoms n’était visible nulle part depuis sa diffusion sur Canal+, à l’exception des sites pornographiques comme xhamster sous le titre sofianne & vivianne. C’est donc une aubaine qu’il soit disponible sur le DVD de La Bouche de Jean-Pierre. J’en avais d’ailleurs parlé à Sylvain Perret, en souhaitant vivement sa présence, ce qu’il a confirmé il y a quelques mois.

good-boys dans France

 

 

 

 




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