• Accueil
  • > Recherche : rohmer films connus

Résultat pour la recherche 'rohmer films connus'

Le cinéma d’Eric Rohmer

Le cinéma d'Eric Rohmer dans Cinéma affiche-conte-d-ete

J’ai découvert le cinéma d’Eric Rohmer une première fois en 2006 avec un de ses films les plus connus, en tout cas un de ses plus célébrés, Ma nuit chez Maud sorti en 1969. Tourné en noir et blanc avec  Jean-Louis Trintignant et Françoise Fabian qui interprètent les rôles principaux, il s’agit d’un de mes films français préférés avec La règle du jeu de Jean Renoir et Vivre sa vie de Jean-Luc Godard.

RulesChristineOctaveGeneraa%255B1%255D dans CinémaJean Renoir, second à partir de la gauche, dans La Règle du Jeu (1936)

VsV080

Anna Karina dans Vivre sa vie (1962) de Jean-Luc Godard

 Ma Nuit chez Maud convoque le philosophe Pascal, la religion, et le thème universel de l’amour en un époustouflant croisement de destins personnels. Je n’ai découvert la suite de sa filmographie que trois ans plus tard, non pas par hasard, mais en allant rechercher quelques infos sur le net et découvrant ainsi des titres qui me donnaient tout simplement envie d’en connaître plus après la première rencontre très forte de son univers.

ma-nuit-chez-maudMa nuit chez maud (1969)

La première chose à faire, c’est peut-être celle de désacraliser l’idée d’un cinéma inaccessible au commun des mortels, trop verbeux, voire sombrant dans le verbiage dès les premiers dialogues. Ce n’est pas du tout le cas, et si Ma nuit chez Maud est peut-être (sans doute ?), le plus philosophique de ses films, il n’est pas pour autant dur d’accès, et ce sans même avoir lu une ligne d’un texte de Pascal. Le cinéaste français est souvent dans ses films allé à l’essentiel, celle de la rencontre, celle de la fameuse maxime Hitchcockienne qui consiste à dire qu’un garçon rencontre une fille (boy meets girl). Sur cette thématique principale, le cinéaste au long d’une carrière d’une cohérence absolue, a vogué entre le marivaudage (Marivaux n’est jamais très loin), la candeur de ses jeunes interprètes, la tentation de l’adultère (rarement consommée à l’écran car les personnages sont tentés par l’adultère mais reviennent souvent leurs décisions et leurs amours premières), le triangle amoureux, les rencontres fortuites en apparence qui révèlent pourtant des personnalités et changent le cours de la vie.

Marivaux une des influences de Rohmer

Rohmer a comme Balzac, dans une moindre mesure, dépeint la Comédie humaine qui fait du genre humain, à la fois quelque chose de fascinant et de fondamentalement complexe. Les exégèses sont trop nombreuses sur ce cinéaste pour que je m’y risque, ce n’est pas mon intention première. Son cinéma a néanmoins au cours de sa longue et riche carrière posé les bases de La Nouvelle Vague à laquelle il a appartenu (comme Truffaut, Godard et Rivette), en inventant son langage formel et cinématographique à lui, littéraire par bien des aspects, mais jamais hermétique, pédant ou sophistiqué pour le seul plaisir de l’être et de l’être pour une seule élite. Je reste convaincu que le cinéma de Rohmer est accessible au plus grand nombre. Du cinéma populaire même si au premier abord on pourrait être amené à penser le contraire.

gerard-depardieu-dans-les-valseusesLe duo terrible Depardieu-Dewaere dans Les Valseuses (1974).

Ce qui me séduisit puis me frappa dans Ma nuit chez Maud, c’est la direction d’acteurs au millimètre, et la diction qu’il fait prendre à ses comédiens. Je ne connais que très peu d’autres exemples de cinéastes dont l’univers au niveau des dialogues est reconnaissable immédiatement à la façon qu’ont les acteurs de se mouvoir dans le cadre (son cinéma est un cinéma du mouvement, de la parole mais aussi des voyages, que ce soit en Bretagne comme sur Paris et sa couronne ou sa banlieue, à l’image de Cergy) et de dialoguer. Des dialogues ciselés, riches, qui font monter la sauce Rohmérienne. Parfois de façon volontairement théâtrale, parfois de façon intime. Les films étaient très écrits, les comédiens s’appropriaient le texte. Il n’y a guère que chez Bernard Blier que je retrouve cela. Le métré, la rythmique, le phrasé, et bien sûr les interprètes qui sont symboliques de l’univers de l’un et l’autre. Depardieu, Dewaere, Carmet, Blier père chez Blier. Depardieu n’est jamais aussi bon que chez lui, jamais aussi volubile tout en ayant sa capacité à faire claquer, valser, danser les mots et les verbes. Pour moi le verbe Rohmérien danse, caresse, puis stupéfait par sa beauté. Blier lui me faire rire aussi pour d’autres raisons dont celle de l’insolence.

conte-d-eteAmanda Langlet aux côtés de Melvil Poulpaud dans Conté d’Eté (1995), le chef-d’oeuvre des années 90 d’Eric Rohmer

Après ce coup de foudre pour Ma nuit chez Maud, il y eût les errances de Gaspar dans le solaire, lumineux, enthousiasmant Conte d’Eté qui permet à Amanda Langlet d’avoir un de ses plus beaux rôles au cinéma (actrice qu’il retrouve des années plus tard avec Triple Agent). Il y a ces longues ballades sur la plage filmées en plans-séquences ou en longs-travellings. Il y a ces figures féminines que Rohmer se plaît à croquer avec la science du metteur en scène qui sait découvrir des talents précoces, et cette énergie de fin d’adolescence, début de l’âge adulte qui rappelle forcément quelques souvenirs adolescents qui nous sont propres : l’indécision éternelle de ce Gaspard (admirable Melvil Poulpaud jamais aussi beau que dans ce film) qui ne sait choisir entre deux filles, attiré vers l’une puis l’autre tout en continuant à jouer de la musique. Paroles et musiques se combinent et se fondent dans ce qui est sans doute le film le plus rafraîchissant de sa période années 90. Les atermoiements de Sophie Renoir dans L’ami de mon amie en 1987 m’ont tout autant séduit.

conte-d-ete-1996-tour-01-gEric Rohmer entouré de ses comédiens sur le tournage de Conte d’Eté (1995)

159182-24250-30783

Un livre sur le film Conte d’Eté

ami-de-mon-amie-87-tou-01-gUne image de tournage de L’ami de mon amie (1987)

18395963Sophie Renoir à gauche, une des deux principales comédiennes du film l’Ami de mon amie (1987)

Cergy ville nouvelle y est croquée par l’œil d’architecte du cinéaste. En une semaine, en 2009, au printemps, je dévorais quelques sept ou huit films, sans me lasser de cet univers. Rohmer avait réussi son pari : nous intéresser puis nous émouvoir quant aux histoires sentimentales de ces jeunes femmes de la vie parisienne mais pas que. Car Rohmer tourne en région, en Province, quitte la capitale et nous embarque en vue subjective dans les voitures, filme la campagne, les villages, tourne très vite entouré d’une petite équipe technique et d’assistants. C’est le cas par exemple avec L’arbre, le Maire et la Médiathèque, très bonne comédie avec Fabrice Luchini. Un Fabrice Luchini auquel Rohmer fut le premier à véritablement lui donner sa chance, lorsqu’en 1970 il tourne Le genou de Claire, un de ses films que l’on peut aisément recommander pour se familiariser avec le cinéaste. Il y incarne un jeune homme blond insaisissable qui joue dans une courte séquence. Mais le style, le verbe de l’acteur sont déjà là, prêts à éclore. Le cinéma de Rohmer lui permettra de les parfaire, de les rendre uniques. Il rendra célèbre les comédiens Pascal Greggory, Arielle Dombasle, Béatrice Romand, qui ont démarré chez lui.

 » Tout être vit dans l’incomplétude. Et c’est seulement l’amour qui lui permet de se réaliser pleinement « .

Eric Rohmer, Pauline à la plage (1983)

le-genou-de-claire

Jean-Claude Brialy aux côtés du débutant Fabrice Luchini dans Le Genou de Claire (1971).

76887_15558

Jusqu’à son dernier long-métrage Les amours d’Astrée et de Céladon adapté d’un des plus vieux et longs romans français (3400 pages) Rohmer ne cessera de filmer la jeunesse aventureuse, la jeunesse capricieuse, avec malice et attachement. La dernière séquence du film en porte la signature dans la désinvolture comme dans l’insouciance  insolente. On jurerait qu’un jeune metteur en scène de 30 ans a signé ce film alors qu’à l’époque il en a 86. Il n’y a guère que deux moments que je n’aime pas dans sa filmographie : La colllectionneuse en 1967, un film que je déteste pour ses interminables palabre et de goût étrange de pédanterie exacerbée qu’il me laisse, et dans une moindre mesure Les nuits de pleine lune que je trouve très moyen ainsi que Le Rayon Vert auquel je n’ai pas accroché. Il me reste à découvrir Triple Agent, La Marquise d’O, L’anglaise et le Duc, Perceval le Gallois. Il nous a quitté au début du mois de janvier 2010 à 89 ans, en laissant une empreinte indélébile dans le cinéma français et dans le cinéma tout court.

18784874

18784858Le superbe testament de Rohmer, Les amours d’Astrée et de Céladon (2007).

 

Mes films préférés du cinéaste :

  1. Ma nuit chez Maud
  2. Le genou de Claire
  3. Conte d’Eté
  4. Les amours d’Astrée et de Céladon
  5. L’ami de mon amie
  6. Quatre aventures de Reinette et Mirabelle
  7. Les rendez-vous de Paris
  8. La femme de l’aviateur
  9. Le signe du Lion
  10. La Boulangère de Monceau
  11. Conte de Printemps
  12. Le beau mariage
  13. Pauline à la Plage
  14. Conte d’Automne
  15. Les nuits de la pleine lune
  16. Le Rayon vert
  17. La collectionneuse



Dans les vignes |
Penchylabidouille |
Mycustomsavagex46 |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | VintageVoyageur
| Chateau de Mouchac
| Maisons Arlogis Chartres, c...