• Accueil
  • > Recherche : scènes saphiques

Résultat pour la recherche 'scènes saphiques'

Top cinéma 2013

Top cinéma 2013 dans Top cinéma 2013 blancanieves-affiche-880x385

Dans quelques jours nous serons en 2014. Le temps de refermer la parenthèse cinématographique de 2013 avec un nouveau top, le dernier en l’occurrence, focalisé cette fois-ci sur les films de l’année. Après les tops musicaux consacrés aux clips, aux singles, aux albums et aux pochettes, voici le cinquième et dernier top annuel. Celui du cinéma.

Contrairement à ce qu’écrit Nio sur son blog, je ne trouve pas que 2013 ait été une très grande année cinématographique (enfin si j’ai bien compris ce qu’il sous-entend, en parlant d’une grande qualité musicale et de grands films, son top ciné venant de faire son apparition). Je ne crois pas que 2013 ait été une très grande année côté septième art contrairement à la musique qui fut servie plus que généreusement en opus de grande et très grande qualité.

Mais ce n’est peut-être qu’un sentiment personnel. En fait 2013 est surtout à mes yeux l’année de trois films qui émergent clairement et qui « sauvent » à eux seuls une production que j’ai trouvée loin d’être fantastique.

Si 2012 avait été l’année de Miss Bala et de Hasta La Vista, 2013 a été celle d’une pluie de supers productions et autres blockbusters qui globalement m’ont laissé de marbre, voire déçu ou carrément insupporté. Je loue l’ambition de Cloud Atlas, notamment sur le plan du script, mais je n’ai pas forcément adhéré plus que cela à la plastique de l’œuvre, et notamment la partie futuriste.

Je n’ai pas encore vu Lone Ranger, mais j’ai été catastrophé par Man of Steel (alors que j’avais beaucoup aimé Sucker Punch) qui est exactement l’opposé de ce que j’aime dans le cinéma américain, et y compris, dans ce cas de figure, celui du grand spectacle. Idem pour Gatsby le magnifique, à côté de la grosse déception A la merveille, et des films détestés comme Maniac, Passion et Only God Forgives.

cloud-atlas-affiche-201209-01 dans Top cinéma 2013

Mais l’année 2013, c’est l’année des histoires d’amour qui commencent bien et se finissent mal. Des passions plurielles. C’est l’année des soubresauts amoureux et des premières expériences gravées dans le cœur et la mémoire. Ce sont les premiers pas des débutantes (ou quasi) Adèle Exarchopoulos, Marina Vacth, où les thèmes des films rejoignent les thématiques et les problématiques sociales.

Si l’année s’est ouverte et a continué au Printemps sur les Manifs anti mariage pour tous dans un climat particulièrement tendu et à l’arrière-goût rétrograde, elle s’est refermée sur des polémiques à la pelle qui n’ont pas cessé de relancer les invectives, les pics entre les communautés, montré du doigt les soi-disant personnes « anormales » et ciblé des gens qui n’avaient rien demandé à personne, ou plutôt si : les mêmes droits pour tous. Bref le cinéma social a rejoint les thématiques de la vie de tous les jours en ne faisant parfois qu’un.

Voici le top cinéma 2013, sachant que les trois premières places sont les gros coups de cœur et qu’ils se détachent nettement du reste pour leur audace, leur originalité et leur beauté. Ce n’est pas La Vie d’Adèle qui gravit la première marche mais un film espagnol, venu quasiment de nulle part, intitulé Blancanieves, arrivé dans les salles françaises fin janvier et qui m’a littéralement cueilli.

Blancanieves

Blancanieves_portrait_w858

Blancanieves de Pablo Berger (Espagne, 2013)

Dès son extraordinaire séquence d’ouverture sur une scène de tauromachie, le film ne dévie jamais de l’objectif qu’il s’est assigné : proposer une relecture moderne du conte de Blanche-Neige (mon film d’animation préféré) avec pour décor Séville et ses héroïnes qui rappellent le cinéma muet des années 20 (en particulier Murnau, car l’on pense à L’aurore -le film préféré de Truffaut- mais aussi dans un autre genre à Soy Cuba pour certains de ses gros plans en grand angle). L’expressionnisme remis au goût du jour, sans forcer le pastiche ou la parodie. Mais en distillant une belle dramaturgie.

22430_9c1c218ef72a306ec44f4a5b58197f76

L’aurore de Murnau (1927, Allemagne)

Une réussite exemplaire, portée par Macarena Garcia, un noir et blanc somptueux, Maribel Verdu (déjà l’affiche de Y Tu Mama Tambien en 2001), et surtout une mise en scène qui étonne par l’invention de ses plans et ses idées (environ une toutes les trente secondes). Le film comporte d’ailleurs une des plus belles ellipses vues depuis 2001 L’odyssée de l’Espace avec la scène du linge et le passage de l’enfance à l’âge adulte. Un film qui reprend les codes du conte (méchante, trajet personnel de vie, aléas, rebondissements, environnement protecteur, etc) et qui met de nouveau du pep dans un cinéma ibérique qui semble se renouveler régulièrement ces dernières années.

Blancanieves, un an après Tabou a relancé une esthétique cinématographique en prenant le risque de tourner dans un format rare, le 1.33, en noir et blanc et muet. La musique d’accompagnement est superbe.

album-BD-le-bleu-est-unecouleur-chaude-julie-maroh-vie-adele-kechiche

La-vie-d-Adele_portrait_w858

photo12_9464

IMG1

La Vie d’Adèle, avec Léa Seydoux et Adèle Exarchopoulos (Abdellatif Kéchiche, 2013)

Deux autres cœurs ont battu très fort cette année. Ceux d’Adèle et Léa, récompensées par la Palme d’Or à Cannes. J’en ai lu un peu sur le film mais je me préservais autant que je pouvais et c’est très tard que je l’ai découvert. Un film porté par ses comédiennes et par la force de sa mise en scène.

Un film sur la passion, sur l’amour, sur les rencontres déterminantes et sur le passage, fragile, délicat de l’adolescence à l’âge adulte, cœur de tous les vertiges, des découvertes et des blessures qui les accompagnent, quand les chimères se heurtent à la réalité du quotidien. Kéchiche filme le passage de relais, l’amour du verbe et des sens, avec ces deux jeunes femmes qui se découvrent, s’aiment et se séparent. C’est un film qui peut facilement bouleverser, surtout si on le découvre à l’âge qu’ont les héroïnes issues du quotidien, et pourtant venues d’univers sociaux différents, ce qui est en filigrane, l’une des thématiques récurrentes du cinéma du réalisateur (L’Esquive, La Graine et le Mulet, entre autres).

Le film doit ses respirations, sa beauté plastique, au jeu de lumières, aux contrastes qu’offre la photographie du film, solaire et mordorée au début, puis un peu moins chaude quand pointe l’automne. Mais il y a les sentiments, cette relecture du marivaudage (Kechiche cite Marivaux comme une de ses principales influences), en liant la fiction littéraire (La Vie de Marianne) et ce que vit Adèle dans la « vraie » vie, cette découverte de l’amour avec un grand A, celui qui donne le vertige et envie de connaître l’autre par tous ses pores et toute son âme. Certains ont été gêné par les scènes de sexe. Je les ai trouvées, surtout la première, charnelle, crue, vive, avec ce quelque chose d’effréné, cet appétit qui ne parvient jamais tout à fait à être satisfait, qui ne parvient pas à satiété. Le plus beau texte que j’ai pu lire sur le film, outre celui de rêveur, reste celui de Tristana (que je salue au passage) et que je reproduis ici :

J’ai été complètement embarquée par ce film.

Déjà, j’ai trouvé Adèle EXTRAORDINAIRE, cette nana est d’un naturel effarant, elle est de quasiment tous les plans et Kechiche a été bien malin de réaliser son film comme ça, parce qu’elle illumine l’écran, elle est absolument incroyable. Léa Seydoux face à elle est très fade, ce qui n’est pas un gros problème puisqu’en fait ce qui compte c’est Adèle, sa vie, sa passion pour Emma ; il est vrai que la scène de la dispute est un peu ratée, c’est dommage car je trouve que les deux actrices étaient bien dans le ton, mais les dialogues sont complètement décalés par rapport au reste du film (« petite traînée » etc). Après, je me dis aussi que Kechiche a peut-être fait exprès de faire de cette scène de dispute une scène un peu artificielle car au fond, Emma se sépare d’Adèle pas parce qu’elle l’a trompée, mais parce qu’elle ne l’aime déjà plus (on voit bien lors de la soirée avec les amis d’Emma qu’elle est déjà trèèèrs proche de Lise) et qu’elle a besoin de ce prétexte pour se débarrasser d’elle. Du coup elle feint la colère et utilise un vocabulaire qui sonne faux…

On a beaucoup parlé des scènes de sexe, trop longues ou gratuites, trop réalistes ou pas assez… Moi je les ai trouvées tout à fait justes, je pense déjà qu’il était important voire essentiel de montrer la sexualité de leur couple, parce que Kechiche voulait certainement se démarquer de l’image de l’homosexualité qu’on voit souvent au cinéma ou à la télé : des couples qu’on voit s’embrasser mais jamais baiser, alors que pour les hétéros c’est le passage obligé de n’importe quel film (ou presque) ; ensuite, il y avait aussi probablement l’envie de montrer que la sexualité lesbienne, ce n’est pas ce qu’on voit dans les pornos, et même si on peut toujours rétorquer que les scènes de cul ne représentent pas la « réalité », le fait est qu’on ne peut jamais représenter franchement la réalité dans une scène de sexe, parce que chacun baise différemment… Au moins là aussi Kechiche s’est écarté du cliché des lesbiennes qui s’effleurent en gémissant comme des chaudasses : là, les nanas y vont, se touchent, se claquent, se pétrissent, se lèchent, se doigtent, bref : on est dans du vrai, du concret, voire quelque chose d’assez animal. Et puis d’ailleurs, j’ai trouvé que les deux scènes de sexe entre les actrices permettait de donner un côté concret à la passion qu’elles vivent : on le ressent bien dans le regard d’Adèle, mais c’est vraiment à ce moment-là qu’on ressent ce truc assez dévorant qui les habite, cette envie de se bouffer l’une l’autre, et l’incapacité à être satisfaites (on ne les voit jamais jouir, ou alors ça dure trèèèès longtemps : leur histoire c’est une jouissance permanente qui, paradoxalement, n’explose jamais vraiment). Vraiment, pour moi ça fait totalement sens dans l’histoire.

En fait, je ne les ai pas trouvées spécialement excitantes, les dites scènes : ce n’est pas franchement filmé comme quelque chose de sensuel, on est plutôt dans un truc un peu cru, réaliste, et donc qui ne donne pas franchement envie. A la rigueur la scène de la masturbation d’Adèle est la plus excitante ; mais les scènes à deux, je les trouve « cliniques », en fait, on voit bien que Kechiche n’a pas cherché à esthétiser le truc, ni à l’érotiser : ce sont deux corps qui s’entrechoquent parce qu’ils le doivent, pas pour satisfaire le spectateur.

Mais surtout ce qui m’a transpercée, c’est le côté social du film, cette incompatibilité entre deux mondes qui ne se rencontreront en fait jamais : Adèle est une prolo, elle prend le bus le matin, va au lycée, bouffe des spaghettis et rêve de devenir instit, alors qu’Emma vient d’une famille d’artistes qui mangent des fruits de mer et pour qui exister, c’est se réaliser artistiquement. La tête des parents d’Emma quand Adèle leur dit qu’elle veut devenir instit, comme si c’était naze, comme si vouloir un boulot stable et qui a du sens (parce que ça a du sens pour Adèle de vouloir passer le flambeau : en bonne prolo, elle sait ce qu’elle doit à l’école, son goût pour la lecture notamment) était une ambition minable. On peut penser que tout ça est un peu cliché, mais je trouve ça finalement tellement bien vu : le problème entre Adèle et Emma, ce n’est pas qu’elles sont homosexuelles et que leur relation doit être cachée (aux parents d’Adèle uniquement), mais bien que leurs mondes sont trop opposés pour qu’elles puissent envisager quelque chose de sérieux. D’ailleurs, ce que ressent Adèle pour Emma n’est pas de l’admiration, ça n’a rien à voir avec quelque chose de rationnel, c’est purement animal, passionnel (quand elles se revoient, Adèle lui dit : « j’ai envie de toi, tout le temps »), et qu’elle peigne des toiles et qu’elle expose, elle s’en moque : ce n’est pas ça qui l’a séduite.

Emma reste bloquée dans son monde où ne pas connaître Schiele et ne pas rêver à un destin artistique sont des hérésies, quand Adèle reste bloquée dans le sien où, même en couple avec une femme, elle se satisfait d’être la gentille soumise qui fait à manger (jusqu’à un certain point, ceci dit, puisque le fait qu’elle trompe Emma montre bien que leur union ne fonctionne pas pour elle non plus).

Dans le climat actuel en tout cas, c’est un film qui fait un bien fou, qui parle de l’amour entre femmes avec beaucoup de réalisme et de lucidité, et qui surtout porte un oeil juste et sensible sur les différences sociales qui restent, encore aujourd’hui, des freins à la passion, la vraie, celle qu’on ne vit qu’une seule fois dans sa vie.

(Et définitivement, les regards qu’envoie Adèle à Emma alors qu’elles ne sont pas encore ensemble, notamment dans la scène sur le banc où Emma la dessine pour la première fois, font partie des plus belles choses que j’aie jamais vues au cinéma. Il y a une vérité là-dedans, une fragilité qui m’a réellement bouleversée.)  Tristana, 22 octobre 2013, dvdclassik.com

J’ai trouvé cela très beau et picturalement maîtrisé. J’ai juste été surpris par l’enchaînement des deux autres, plus courtes et s’enchaînant un peu trop rapidement. Menu défaut, pour un film porté par ce sens du cadre (le gros plan ne m’a nullement dérangé), et cette narration qui file à cent à l’heure. On peut aussi dire, on pourrait en tout cas, qu’il porte ce secret charnel qu’est celui du désir amoureux, de l’éveil à la sexualité, et pas simplement un film sur les amours homosexuelles, saphiques en l’occurrence, puisque le film aurait aussi pu s’intituler La Vie de Bertrand ou La Vie de Bertrand et Stéphanie.

Ce qui a fasciné vraisemblablement le peintre des mœurs et du quotidien (se lever, aller en cours, discuter avec ses copines, s’interroger sur ses choix de vie, sa sexualité, ses désirs) c’est l’alchimie entre les deux actrices, et puis les scènes-clés qui font clairement monter en intensité avec lequel je n’ai pas vu le temps passer : la scène des escaliers juste avant le cours d’anglais durant laquelle Adèle a un déclic et se voit offrir son premier baiser amoureux lesbien (léger flirt) avant de connaître presque immédiatement sa première déception, celle de la première dispute durant laquelle l’homophobie latente et maladroite s’invite, la rupture avec les longs sanglots et la bulle qui soudain explose, laissant deviner une rupture alors inévitable, et enfin la scène, magnifique, du café, durant laquelle Emma a cette phrase inouïe :

J’aurai toujours une infinie tendresse pour toi  »

Emma à Adèle dans La Vie d’Adèle

Il ne s’agit plus d’amour physique, on le sait, on le sent, mais cette phrase-là, il faut la resituer dans le contexte antérieur, et dans ce sentiment puissant qui est qu’être aimé(e) est sans doute plus fort qu’aimer.

C’est amusant enfin de voir que deux films se soient répondus (nombreux Prix à Cannes, bouche à oreille positif) en traitant tout deux de sexualité et de diversité, l’un sur le ton du portrait initiatique l’autre en calquant des codes de la tragédie grecque (un lieu, un temps, une unité, un drame), avec d’un côté des femmes qui s’aiment et de l’autre des hommes qui s’aiment aussi, se draguent, en côtoyant Eros et Thanatos.

Qu’ils aient aussi déclenché l’ire des censeurs (pour l’affiche de l’Inconnu du lac, au XXIème siècle, c’est tout de même incroyable), et des réfractaires aux droits des homosexuels au mariage et à l’adoption. Dans les deux cas, on se lèche et on se suce, on jouit et on se cherche, on se sépare aussi, comme tous les couples finalement, enfin de ceux là qui vivent aussi leurs passions, leurs espoirs et leurs désillusions, comme n’importe quel couple hétéro.

20592286

lac2_1600x1200_-3

l-inconnu-du-lac_2466274

L’inconnu du lac (Alain Guiraudie)

Et puis il y a eu les rencontres de jeunes hommes au milieu du lac, un lac clément d’abord puis théâtre d’un crime mystérieux. Alain Guiraudie a filmé frontalement la nudité, le désir, le sexe entre hommes avec un naturel confondant (se plaisant lui aussi à apparaître dans le plus simple appareil lors d’un plan inaugural). Un film qui sous son apparente légèreté laisse traîner un parfum de danger anxiogène, où les corps après s’être étreints se font violence.

Là encore, une bien belle utilisation d’un décor unique, des personnages qui se frôlent ou font clairement l’amour, se sucent et se masturbent et se pénètrent en gros plans, dans l’ombrage, avec paradoxalement une pudeur certaine.

Et puis c’est formidable qu’un film d’une telle liberté puisse être tourné aujourd’hui, loin du cadre parisien, avec cette ambiance ouatée et travaillée dans les moindres détails grâce à un excellent travail sur la lumière et le cadre.

 Le top 10 Cinéma 2013

1) Blancanieves (Pablo Berger, Espagne)

blancanieves-macarena-garcia

 

2) La vie d’Adèle, Chapitres 1 & 2 (Abdellatif Kechiche, France)

3491490_7_794b_adele-exarchopoulos-et-lea-seydoux-dans-la_878f97c2ed4a97dd279592e94327ae5f

 

3) L’inconnu du lac ( Alain Guiraudie, France)

inconnu-du-lac-guiraudie

 

4) Hansel et Gretel (Tom Wirkola, Etats-Unis)

Hansel-Gretel-Witch-Hunters_1

5) Spring Breakers ( Harmony Korine, Etats-Unis)

Spring-Breakers-I

6) Evil Dead ( Fede Alvarez, Etats-Unis)

evil-dead-2013-review-top-10-horror-2

7) World War Z  (Marc Foster, Etats-Unis)

world_war_z

8) Django Unchained (Quentin Tarantino, Etats-Unis)

Django-2

9) After Earth (M Night Shymalan, Etats-Unis)

After_Earth_large

10) Max (Stéphanie Murat,  France)

film-max-jean-pierre-marielle

 

 

 

Icône : Andrew Blake

Icône : Andrew Blake dans Etats-Unis web_five-stars-flyer_fc

Un auteur se reconnaît à son style. Celui d’Andrew Blake a traversé les générations, les décennies, depuis plus de vingt ans, en réinventant la représentation de la femme au cinéma, à l’image de ses premières photographies jusqu’à ses derniers clichés en 2013. Il s’agit pour moi d’un père spirituel en quelque sorte, d’une personnalité dont j’admire depuis que j’ai 15 ans le travail plastique, photographique, cinématographique, le langage qu’il a inventé représentant une source d’inspiration inépuisable.

Andrew Blake est né Paul Nevitt en 1947, aux Etats-Unis. En 1988 il se lance dans la photographie et publie des portraits de stars dans des revues érotiques comme Penthouse et Playboy . En 1989, il signe son premier long-métrage intitulé Night Trips. A l’époque, le mur de Berlin n’a pas été déboulonné mais il va constituer un des plus grands évènements historiques, sociaux, culturels, économiques, politiques de l’histoire contemporaine. Du haut de mes 10 ans, je serai marqué profondément par ces images de pioche et de femmes et d’hommes enfin libres de rejoindre les leurs, leurs proches après des années de séparation. Il n’y a rien à faire, en revoyant il y a quelques semaines ces images d’archives, j’ai été de nouveau saisi par toutes ces émotions.

Il existe peu de photos finalement de ce photographe/cinéaste/scénariste surdoué. Des interviews, comme celle-ci (en anglais) donne une idée de ses débuts, et aussi de ses influences, lui qui voulait devenir peintre et s’inspirait de Francis Bacon. Je me demande ce qu’aurait donné le mixage de l’univers de Bacon à celui de Blake !

gr0h0qb71ur4 dans Etats-UnisNight Trips, le premier film d’Andrew Blake (1989)

En 1989, Paul Nevitt qui est devenu Andrew Blake signe donc son premier film pornographique après avoir oeuvré dans la photo de charme et érotique, que les américains désignent aussi sous le terme de softcore. La griffe qui sera la sienne tout au long de sa carrière est déjà là : des femmes splendides, dans des robes échancrées, cheveux de platine,  ondulés, permanentés, attachés en queue de cheval ou coupés courts, soulignent les traits de sophistication de femmes qui évoluent dans de grands espaces, des villas, lofts et autres lieux.

Le maquillage souligne les traits féminins, et Andrew Blake s’attache à décrire le pouvoir de séduction de ces femmes qui se lance dans des ébats saphiques ou hétéros sur des musiques qui ne correspondent pas vraiment aux canons du genre de l’époque : la musique y est plus enveloppante, moins rock fm, plus vaporeuse, avec des accents électroniques et l’utilisation du saxophone.

cover_m

Blond and Brunettes (2001) avec Anita Blond

Andrew Blake qui adore les femmes se fait Pygmalion au cinéma, dans un genre codifié qu’il transcende par un soin maniaque apporté aux sous-vêtements, au cadrage, à la lumière. Ce sont parmi les plus belles femmes du monde qui ont été filmées sous des angles parfois impossibles, dans les tenues les plus affriolantes, sexy et raffinées. Tout cela sera parfaitement résumé dans un numéro spécial de Vidéo 7 avec son cahier détachable, reprenant les codes de narration et les codes visuels de deux cinéastes qui seront au top de ce genre de vidéos au début et milieu des années 90, à savoir Andrew Blake et Michael Ninn.

Tori Welles est la première des icônes du cinéma d’Andrew Blake. La brune incendiaire, aux longs cheveux d’ébène tourne son premier grand succès avec ce Night Trips qui n’annonce pas le cinéma à venir de John Leslie ou Paul Thomas (anciens acteurs tous deux dans les années 70), mais celui que l’on appellera alors porno chic, mais si je n’ai jamais aimé cette appellation journalistique reprise d’ailleurs depuis dans la publicité.

Andrew Blake commence alors à se faire une solide réputation, écrit ses propres scénarios, réalise et monte lui-même ses films en créant sa propre maison de production Studio A Entertainment avec l’aide de son épouse. Il tourne souvent mais prend aussi le temps de composer, cadrer, éclairer ses scènes. Les préparations sont importantes. La frontière entre érotisme et pornographie est parfois ténue. Andrew Blake s’amuse à jouer avec. Ses images sont d’abord érotiques lorsqu’il filme l’effeuillage, les sous-vêtements qui se détachent, les corps qui se rencontrent. Les baisers sont d’abord assez chastes puis plus francs. Lorsque la pornographie s’invite dans la narration c’est pour refuser les gros plans gynécologiques et montrer des femmes qui se donnent et prennent du plaisir. Son style évoluera d’ailleurs à ce niveau.

unleashed_photo

Unleashed (1996) avec Selena

Essentiellement hétérosexuel, basé sur les relations hommes-femmes, son cinéma va peu à peu évoluer, tout aussi bien plastiquement que sur le plan narratif, vers une forme d’abstraction, puis une représentation presque exclusive de relations homosexuelles féminines à partir de Hard Edge en 2003, qui marque un virage sensitif important. Dès lors les scènes hétéros seront très rares.

Lors d’une interview Andrew Blake indique qu’il fait d’abord de la « mode érotique » sous la forme de vidéos plus que du cinéma pornographique. C’est sans doute sa vue de l’esprit car son cinéma est définitivement X. Mais il est à sa manière. On y voit des scènes de pénétrations, de plus en plus axées sur l’insertion d’objets phalliques qui font penser au sexe de l’homme mais qui le remplace progressivement. En somme, les vibros, godes et autres sextoys deviennent les objets principaux des films du cinéaste qui s’amuse aussi beaucoup avec l’image et la dilatation du temps au point que ses films d’abord tournés avec quelques ralentis cèderont bientôt la place à ce dispositif exclusif, notamment depuis le milieu des années 2000.

10

Fétichiste, Andrew Blake l’est. De la lingerie, de plans sur les pieds, les mains, les talons, les visages de ses héroïnes qui pourraient être issues d’un journal en papier glacé, mais qui prennent vie et corps sous sa caméra. Il transfigure, transforme, joue avec les clichés (soubrette, femmes en uniformes, etc), avec les représentations des liquides et des fluides (le savon, le lait, les fruits, etc). Son cinéma attise la fascination et l’admiration au ou contraire le rejet total. Je n’ai pas trouvé beaucoup d’articles en français qui y faisaient référence, et si tel est le cas c’était en fouillant dans les archives du net et de ce blog, avec un avis contrasté sur Girlfriends (qui comme son titre l’indique est destiné quasi exclusivement au public féminin).

C’est un cinéma (désormais) anti-narratif, composé aujourd’hui exclusivement de saynètes mettant en scène des fantasmes de jeunes femmes dans des jeux de rôles, parfois de domination, où le sexe de l’homme est souvent exclu. La définition qu’en donnait le site nu-erotique est juste et bien vue :

« Si vous n’avez encore jamais vu de film d’Andrew Blake, voici quelques lignes qui vous donneront une idée de l’ambiance qui s’en dégage…. Les scènes se passent souvent dans des châteaux ou villas. [...] Les costumes sont magnifiques, porte-jarretelles, corsets et serre-tailles, dentelles et talons aiguilles, cravache et tenues de soubrettes. Le tout sur une douce musique éléctro ambiante et pas de dialogues niaiseux style films X… juste des scènes de caresses terriblement excitantes filmées au ralenti, préliminaires entrecoupés de passages SM soft (fessées…). »

Il révéla Zara Whites dans le film House of Dreams. Avant Rêves de cuir (1991), la jeune star d’origine hollandaise faisait ses pas sous la caméra d’un Andrew Blake qui la filmer au bord d’une piscine dans le plus simple appareil et auquel Johell a rendu il y a quelques semaines un vibrant hommage.

579028h

Sensual Exposure (aka Obsessions cachées 2, 1993) d’Andrew Blake

Le choc vint quand je découvris Obsessions cachées 2 en vidéo en septembre 1994. Il s’agit du deuxième volet de Obsessions cachées, le premier étant sorti en 1992 avec Janine Lindemulder qui avait la une d’un Penthouse que je m’étais acheté. J’avais à l’époque une caméra qui faisait aussi office de magnétoscope. De mémoire il s’agit du même type de caméra qu’utilise Alban Ceray dans une scène sur la plage dans le film Dans la chaleur de Saint Tropez, avec une femme qui a le corps sous le sable et la tête qui en dépasse. J’ai regardé la première scène du film à l’intérieur de l’œilleton de la caméra et j’ai eu un spasme d’excitation soudaine. Je voyais ces images en noir et blanc, et pourtant l’émotion fut intense bien que j’avais peur d’être surpris par mes parents. Ah, ce frisson de l’adolescence !

Je découvrais Kristy Lynn et Raven, habillées et maquillées, l’une avec des bottines en latex l’autre avec son collier de perles blanches et des gants en soie rouge. Le film raconte l’initiation d’une jeune femme (Kelly ‘ODell) qui passe d’un lieu à un autre dans une demeure avant de retrouver son homme. Un film mythique, sorti en 1993 qui m’a durablement bouleversé et qui est un de mes films préférés des années 90.

Plus tard il tournera dans plusieurs lieux autour du monde,  se rapprochant de l’Europe comme le fit dans les années 70 un certain Radley Metzger alors que ses débuts étaient concentrés sur les Etats-Unis. Rome, Venise, Paris seront quelques uns de ses lieux préférés de tournage.

cover

La liste non exhaustive de ses films:

Tout au long de sa carrière, Andrew Blake mettra en avant les femmes qu’il admire : Dahlia Grey, Adrianna Sage, Anita Blond, Aria Giovanni et bien d’autres dont il saura à chaque fois percevoir le côté mystérieux et dont il célèbrera la beauté naturelle. Il continue de tourner de nos jours, avec sa caméra HD. Son site officiel est réputé, mais c’est surtout son blog qui vaut le coup d’œil pour ses mises à jour régulières. Un excellent papier (en anglais) lui aussi été consacré, abordant essentiellement ses films majeurs de la fin des années 80 et du milieu des années 90.


« La beauté est dans les yeux de celui qui regarde » disait Oscar Wilde.

 Image de prévisualisation YouTube

Leg Fantazy 5 (2010)

Image de prévisualisation YouTube

Paola Rey

 




Dans les vignes |
Penchylabidouille |
Mycustomsavagex46 |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | VintageVoyageur
| Chateau de Mouchac
| Maisons Arlogis Chartres, c...